© UNICEF/Raphael Pouget Les réseaux sociaux peuvent favoriser la cyberintimidation.
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Face à la montée des restrictions d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs à travers le monde, l’ONU estime que ces mesures, à elles seules, ne suffisent pas à garantir la sécurité des enfants. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme plaide, ce vendredi 29 mai, pour une transformation en profondeur des plateformes numériques afin de mieux protéger les jeunes utilisateurs. L’ONU met en garde contre une réponse trop simpliste!
Les interdictions généralisées des réseaux sociaux pour les mineurs ne constituent pas une réponse adéquate à un problème complexe. C’est le message lancé vendredi par le Bureau des droits de l’homme des Nations unies à l’occasion de la publication de nouvelles lignes directrices sur la sécurité des enfants en ligne.
Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), limiter l’accès des jeunes à des plateformes potentiellement nocives ne permet pas, à lui seul, de résoudre les risques auxquels ils sont exposés. Pour l’institution onusienne, la priorité doit être de rendre ces espaces numériques intrinsèquement plus sûrs.
« Nous avons besoin d’une action beaucoup plus large de la part des gouvernements et des entreprises afin que les plateformes soient conçues de manière plus sécurisée », a déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk.

Une vague mondiale de restrictions pour les mineurs
Cette prise de position intervient alors que plusieurs pays renforcent ou envisagent de renforcer les restrictions d’accès aux réseaux sociaux pour les enfants.
Le mouvement a pris de l’ampleur après l’adoption, en Australie, d’une réglementation limitant l’accès aux plateformes sociales aux moins de 16 ans. Depuis, des mesures similaires ont été instaurées en Indonésie et en Malaisie, tandis que plus d’une douzaine d’autres États étudient des dispositifs comparables.
Pour Volker Türk, les réglementations fondées uniquement sur l’âge risquent toutefois de passer à côté du cœur du problème : les mécanismes de conception et les algorithmes qui favorisent certains contenus ou comportements potentiellement préjudiciables.
« Les États doivent exiger des entreprises technologiques qu’elles intègrent la sécurité dès la conception de leurs plateformes, au lieu de faire porter le fardeau aux parents et aux enfants », a-t-il insisté.
Le risque d’effets pervers
Le HCDH met également en garde contre les conséquences involontaires de certaines mesures restrictives. Une vérification de l’âge mal encadrée pourrait, par exemple, compromettre la vie privée des utilisateurs sans atteindre efficacement son objectif.
L’organisation souligne en outre que les expériences menées jusqu’à présent montrent que les interdictions peuvent être facilement contournées. Plus préoccupant encore, elles pourraient pousser certains enfants vers des plateformes moins réglementées et potentiellement plus dangereuses.
Dans ses recommandations, l’ONU préconise donc des restrictions ciblées, fondées sur des risques clairement identifiés, plutôt que des interdictions générales.
Vers des plateformes réellement adaptées aux enfants
Les nouvelles lignes directrices insistent sur la nécessité d’une approche globale. Parmi les mesures proposées figurent l’encadrement rigoureux des systèmes de vérification de l’âge, la réalisation obligatoire d’évaluations d’impact sur les droits de l’enfant et l’implication des jeunes dans l’élaboration des politiques publiques qui les concernent.
Le HCDH recommande également davantage de transparence, un renforcement des mécanismes de contrôle et de responsabilité des entreprises technologiques, ainsi que des recours accessibles aux enfants victimes de violations de leurs droits en ligne.
Plus largement, l’ONU appelle les États et les géants du numérique à assumer pleinement leurs responsabilités afin de bâtir un environnement numérique plus sûr.
« Le monde numérique offre aux enfants des opportunités précieuses d’apprentissage, de créativité et de socialisation. Mais il les expose aussi à des risques réels pour leur sécurité, leur vie privée et leur bien-être », a rappelé Volker Türk.
Pour les Nations unies, la protection des enfants en ligne ne passera donc pas uniquement par des barrières d’âge, mais par une refonte plus ambitieuse des règles et des pratiques qui structurent l’écosystème numérique.
