Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Après la rupture des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France, une prétendue circulaire attribuée à la Présidence du Faso s’est largement propagée sur les réseaux sociaux. Le document affirme que les fonctionnaires burkinabè en poste dans l’administration doivent organiser le retour de leurs conjoints et enfants vivant en France. Vérification faite, il s’agit d’un faux fabriqué à partir d’un document officiel de la Présidence. Les autorités ont rapidement démenti et annoncé d’éventuelles poursuites judiciaires.
La rupture des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France, annoncée par le gouvernement burkinabè le vendredi 26 juin 2026, a rapidement été suivie d’une vague de désinformation sur les réseaux sociaux. Parmi les contenus les plus relayés figure une prétendue circulaire portant l’en-tête de la Présidence du Faso. Daté du 30 juin 2026, ce document affirme que les agents publics burkinabè sont tenus de faire revenir, dans un bref délai, leurs épouses et leurs enfants installés en France. Selon cette prétendue instruction, les fonctionnaires concernés devaient transmettre, avant le 17 juillet 2026, un « plan d’action individuel » détaillant les mesures prises et le calendrier retenu pour le « retour effectif » de leurs familles, invoquant des « impératifs de souveraineté » liés au contexte national. Cette information est pourtant entièrement fausse.
Un faux document construit à partir d’une véritable note officielle
L’examen du document montre qu’il ne s’agit pas d’une création originale, mais d’une falsification élaborée à partir d’un document authentique de la Présidence du Faso. Diffusée notamment sur Facebook par le groupe « OBSERVATOIRE LIBRE DE CÔTE D’IVOIRE », cette fausse circulaire reprend fidèlement la présentation graphique, la mise en page, le logo, les références administratives et l’apparence générale d’une véritable note émise le 14 mars 2025 par le Secrétariat général de la Présidence du Faso. En comparant les deux documents, la manipulation apparaît clairement.
La note authentique de mars 2025 concernait exclusivement le contrôle de l’authenticité des diplômes académiques des agents de la fonction publique affectés à la Présidence du Faso. Les auteurs de la désinformation ont conservé l’habillage officiel tout en remplaçant le texte d’origine par un contenu entièrement inventé relatif à un supposé rapatriement des familles de fonctionnaires vivant en France.
Cette technique de falsification vise à donner une apparence de crédibilité à une information fabriquée de toutes pièces. La comparaison entre le document authentique et la version falsifiée met clairement en évidence les modifications apportées.

Une intox diffusée dans un contexte de fortes tensions diplomatiques
Cette fausse circulaire est apparue quelques jours après l’annonce officielle de la rupture des relations diplomatiques entre Ouagadougou et Paris. Dans son communiqué du 26 juin 2026, le gouvernement burkinabè justifie cette décision par une dégradation profonde des relations bilatérales, estimant qu’elles ne répondent plus aux principes de respect mutuel, de souveraineté et de non-ingérence. Le texte officiel accuse notamment les autorités françaises de mener « un activisme incessant » contre les intérêts du Burkina Faso, d’entretenir des « ambitions néocoloniales » et de soutenir des réseaux jugés subversifs ainsi que des groupes terroristes opérant au Burkina Faso et dans le Sahel. C’est dans ce contexte particulièrement sensible que la fausse circulaire a commencé à circuler, alimentant la confusion et suscitant de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
La Présidence du Faso dément formellement
La publication de cette fausse circulaire sur les réseaux sociaux a poussé la Présidence du Faso à réagir. Le 30 juin 2026, elle a publié un démenti officiel sur sa page Facebook, affirmant n’avoir jamais donné une quelconque instruction ordonnant le retour des familles burkinabè vivant en France. L’institution présidentielle qualifie cette information de « totalement fausse » et estime qu’elle émane « d’individus malveillants » dont l’objectif est de créer un climat de peur et de confusion au sein de la population.

Voici le texte de démenti qui accompagne la fausse circulaire estampillé « Faux » sur la page Facebook de la Présidence du Faso :
« Démenti : Une information circule actuellement sur les réseaux sociaux, faisant état d’une instruction de la Présidence du Faso ordonnant le retour des familles burkinabè vivant en France. La Présidence du Faso tient à informer l’opinion publique que cette information est totalement fausse. Elle émane d’individus malveillants dont l’unique objectif est de susciter la psychose au sein de la population. La Présidence du Faso décline toute responsabilité concernant cette fausse information. Par ailleurs, elle se réserve le droit de poursuivre en justice les auteurs, coauteurs et commanditaires de cette manœuvre dilatoire, afin qu’ils répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes. »
La Présidence du Faso appelle ainsi les citoyens à faire preuve de vigilance face aux contenus circulant sur les réseaux sociaux et rappelle que toute information officielle est publiée exclusivement sur ses canaux de communication habituels.
