La rupture des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France, annoncée par le gouvernement burkinabè le vendredi 26 juin 2026, a rapidement été suivie d’une vague de désinformation sur les réseaux sociaux. Parmi les contenus les plus relayés figure un faux circulaire portant l’en-tête de la Présidence du Faso.
Daté du 30 juin 2026, document affirme que les agents publics burkinabè sont tenus de faire revenir, dans un bref délai, leurs épouses et leurs enfants installés en France. Selon cette prétendue instruction, les fonctionnaires concernés devaient transmettre, avant le 17 juillet 2026, un plan d’action individuel détaillant les mesures prises et le calendrier retenu pour le retour effectif de leurs familles, invoquant des impératifs de souveraineté liés au contexte national. Cette information est pourtant entièrement fausse.

Selon les données issues de Meta Content Library (MCL), le faux document a été d’abord publié sur Facebook par le compte Zenith 360 Info le 30 juin aux environs de 20h33min GMT. En moins de 2 heures (entre 20h33 et 22h30), il a été partagé plus de 29 fois dont 22 fois le même le compte Zenith 360 Info, 5 fois par le compte Faso Vérité et 4 fois par le compte Gerald Yao. L’audience cumulée de ces publications a atteint plus de 77 000 vues, 32 partages et plus de 234 interactions selon MCL.


Captures d’écran de quelques reprises du faux document dans des groupes Facebook
Face à l’ampleur que la fausse information commence par prendre sur les réseaux sociaux, la Présidence du Faso a immédiatement apporté un démenti formel. Dans une publication sur sa page Facebook la même journée du 30 juin 2026 à 22 h 21 min, soit moins de 2 heures après la première publication du faux document, les autorités burkinabè indiquent « que cette information, totalement fausse, émane d’individus malveillants dont l’unique objectif est de susciter la psychose au sein de la population ».
« La Présidence du Faso décline toute responsabilité concernant cette fausse information. Par ailleurs, elle se réserve le droit de poursuivre en justice les auteurs, co-auteurs et commanditaires de cette manœuvre dilatoire, afin qu’ils répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes », précise la publication.

Un faux document construit à partir d’une véritable note officielle
L’analyse du document révèle qu’il s’agit d’une falsification élaborée à partir d’un document authentique de la Présidence du Faso. Le faux document reprend fidèlement la présentation graphique, la mise en page, le cachet et les références administratives d’une véritable note émise par le Secrétariat général de la Présidence du Faso. En comparant le faux document avec un document officiel signé du Secrétaire général de la Présidence du Faso le 14 mars 2025, la manipulation apparaît clairement.

Comparaison du faux document (à gauche) avec un document authentique (à droite) / Source : Africa Check
L’analyse du faux document révèle également une irrégularité administrative majeure. Il s’agit de l’absence de la mention « Ministre » devant le titre « Secrétaire général de la Présidence du Faso ». En effet, depuis fin 2025, le Secrétaire général de la Présidence du Faso a rang de Ministre, comme l’atteste un document officiel daté du 9 avril 2026 disponible sur le site internet de la Présidence du Faso et plusieurs publications avant le 30 juin 2026 (1, 2, 3).

Une intox diffusée dans un contexte de fortes tensions diplomatiques
Cette fausse circulaire est apparue quelques jours après l’annonce officielle de la rupture des relations diplomatiques entre Ouagadougou et Paris. Dans son communiqué du 26 juin 2026, le gouvernement burkinabè justifie cette décision par une dégradation profonde des relations bilatérales, estimant qu’elles ne répondent plus aux principes de respect mutuel, de souveraineté et de non-ingérence.
Le texte officiel accuse notamment les autorités françaises de mener « un activisme incessant » contre les intérêts du Burkina Faso, d’entretenir des « ambitions néocoloniales » et de soutenir des réseaux jugés subversifs ainsi que des groupes terroristes opérant au Burkina Faso et dans le Sahel. C’est dans ce contexte particulièrement sensible que la fausse circulaire a commencé à circuler, alimentant la confusion et suscitant de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Cette manipulation porte aussi les germes d’exacerbation des tensions entre le Burkina Faso et son voisin, la Côte d’Ivoire. En effet, dans la publication du compte Gerald Yao, on peut lire : « Vive la révolution au Boukistan. Quand allez-vous rappeler vos camarades en Côte d’Ivoire ??? ». Ce questionnement du commentaire de la publication qui tourne en dérision la révolution proclamée par les autorités burkinabè, n’est pas anodin.

D’après une note d’information du Consulat général du Burkina Faso à Abidjan publiée le 10 décembre 2024, il y a plus de 4 millions de burkinabè résidant en Côte d’Ivoire, ce qui représente 62,8% des étrangers vivant en Côte D’Ivoire. En se basant sur un faux document pour insidieusement demander le rappel des burkinabè en Côte d’Ivoire, vise probablement à réveiller les velléités ethniques entre burkinabè et ivoirien dans un contexte de relations diplomatiques tendues entre les deux pays.
Dans les années 1990 en Côte d’Ivoire, le concept identitaire et politique appelé « l’Ivoirité« a été instauré pour écarter certains candidats, dont Alassane Ouattara (Burkinabè d’origine alors accusé de ne pas être Ivoirien de souche), des élections présidentielles. Ce concept est l’un des éléments clés au cœur des tensions ethniques et le coup d’État de 1999 qui a fait basculer le pays dans des conflits armés et la crise post-électorale de 2010-2011 qui a fait plus de 3.000 morts.
La falsification des documents officiels, une stratégie de désinformation de plus en plus fréquente au Burkina Faso
Le faux document attribué à la Présidence du Faso n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série de manipulations visant à détourner des documents administratifs ou des contenus institutionnels afin de leur donner une apparence d’authenticité et d’influencer l’opinion publique.
En mai 2026, le ministère de l’Économie met en garde contre une « fausse lettre d’engagement » circulant sur les réseaux sociaux et attribuée à ses services. Ce ministère a confirmé qu’il s’agissait d’un document entièrement frauduleux, usurpant les codes de l’administration pour tromper ses destinataires.
Quelques semaines plus tard (début juin 2026), plusieurs pages Facebook ont relayé un « faux communiqué » présenté comme émanant du procureur près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Le document annonçait à tort le décès en détention de l’imam Mohamed Ishaq Kindo. Les vérifications menées par des organisations de fact-checking ont démontré que le communiqué était falsifié et ne provenait d’aucune autorité judiciaire.

Capture d’écran d’un article d’Africa Check qui dément la mort de l’iman Kindo annoncée dans un faux communiqué
La manipulation ne se limite plus aux documents écrits. En mars 2026, une « édition du journal télévisé de la RTB » a été modifiée à l’aide de l’intelligence artificielle à l’aide de l’intelligence artificielle pour faire croire que le Burkina Faso avait envoyé des troupes en Iran et fermé l’ambassade des États-Unis. La télévision nationale a rapidement dénoncé un « deepfake », illustrant l’évolution des techniques de désinformation vers des procédés plus sophistiqués.
Pris ensemble, ces cas révèlent une tendance préoccupante : les auteurs de campagnes de désinformation cherchent de plus en plus à exploiter l’image et la crédibilité des institutions publiques en reproduisant leurs logos, leur charte graphique, leur style rédactionnel ou leurs contenus audiovisuels. L’objectif est de rendre les faux plus crédibles, de susciter des réactions émotionnelles et de semer le doute avant que les autorités ou les médias de vérification des faits ne puissent rétablir la vérité.
Ainsi, la fausse circulaire de la Présidence du Faso s’inscrit dans une tendance de manipulation des supports officiels. Elle renforce l’hypothèse qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé mais d’un phénomène récurrent de désinformation.
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Cet article a été rédigé par Hamidou Traoré avec le mentorat de l’Académie africaine pour les enquêtes en sources ouvertes (AAOSI), dans le cadre d’une initiative du Partenariat européen pour la démocratie (EPD) et de Code for Africa (CfA). Pour plus d’informations, consultez https://disinfo.africa/.
