Cinq ans après la chute de Kaboul, le 15 août 2021, les talibans célèbrent leur retour au pouvoir. Un anniversaire qui rappelle surtout le prix exorbitant payé par les États-Unis et leurs alliés pendant près de vingt ans de guerre : des milliers de vies, des milliards de dollars, des années d’engagement militaire et une gigantesque mobilisation humaine et logistique.
Le 15 août 2021, les images de la débâcle américaine à Kaboul ont fait le tour du monde. Après deux décennies de présence militaire, les États-Unis et leurs alliés quittaient précipitamment l’Afghanistan. En quelques jours, les talibans reprenaient le contrôle du pays, réduisant à néant une grande partie des acquis politiques et sécuritaires construits depuis 2001.
L’intervention américaine avait mobilisé des moyens considérables. Selon le projet Costs of War de l’université Brown, les guerres postérieures au 11-Septembre ont représenté environ 8 000 milliards de dollars pour les États-Unis, avec plus de 900 000 morts directement liés aux conflits. Pour le seul conflit afghan, les estimations dépassent les 2 000 milliards de dollars, en incluant notamment les opérations militaires, la reconstruction, les intérêts de la dette et les coûts liés aux anciens combattants.)
Vingt ans d’efforts, un pouvoir repris en quelques jours
Washington n’a pas seulement engagé de l’argent. Des centaines de milliers de militaires américains et alliés ont servi successivement sur le théâtre afghan. Des infrastructures militaires ont été construites, une armée et une police afghanes formées et équipées, tandis que des diplomates, ingénieurs, humanitaires, consultants et personnels de renseignement ont participé pendant des années à la reconstruction du pays.
Pourtant, lorsque les dernières forces occidentales se sont retirées, l’armée afghane soutenue pendant deux décennies s’est rapidement effondrée. Le régime soutenu par Washington n’a pas résisté à l’avancée des talibans. C’est cette disproportion entre l’ampleur des moyens engagés et la rapidité de l’effondrement qui reste l’une des principales leçons de l’Afghanistan.
Cinq ans après : une stabilité sécuritaire au prix fort
Les talibans affirment avoir ramené la sécurité et mis fin à des décennies de guerre. Dans plusieurs villes, notamment Kaboul, des habitants reconnaissent effectivement une diminution des combats. Mais cette accalmie s’accompagne d’une profonde crise économique et humanitaire et de restrictions drastiques des libertés. Les femmes et les filles paient particulièrement lourdement le prix du nouveau régime. Les adolescentes restent privées d’enseignement au-delà du primaire et les femmes sont largement exclues de la vie professionnelle et publique. L’ONU (ONU-Femme) décrit la situation comme l’une des plus graves crises des droits des femmes dans le monde.
Cinq ans après la spectaculaire chute de Kaboul, les talibans contrôlent donc un pays dont la reconstruction avait absorbé des ressources colossales. Leur retour au pouvoir pose une question fondamentale : comment vingt années d’investissement militaire, financier, humain et logistique ont-elles pu aboutir à une reconquête aussi rapide du pouvoir par l’adversaire que les États-Unis étaient venus renverser ?
L’Afghanistan demeure ainsi l’un des exemples les plus saisissants des limites de la puissance militaire lorsqu’elle ne parvient pas à transformer durablement les institutions politiques, économiques et sociales d’un pays.
