Unsplash/Nikola Ancevski L'OMM prévoit des températures mondiales « records » entre 2026 et 2030 (Archives).
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Alors qu’une vague de chaleur exceptionnelle étouffe une grande partie de l’Europe, l’ONU tire la sonnette d’alarme : les cinq prochaines années devraient rester marquées par des températures mondiales proches, voire au-dessus, des records historiques. Les scientifiques évoquent une probabilité croissante de franchir régulièrement le seuil critique de 1,5 °C de réchauffement.
Des records de chaleur en ligne de mire
La chaleur qui frappe actuellement l’Europe pourrait n’être qu’un avant-goût de ce qui attend la planète. Dans son dernier bulletin publié le 28 mai, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévient que les températures mondiales devraient demeurer à des niveaux exceptionnellement élevés jusqu’en 2030.
Selon les prévisions établies par le Service météorologique du Royaume-Uni pour le compte de l’OMM, il existe 86 % de chances qu’au moins une année entre 2026 et 2030 dépasse le record absolu de chaleur actuellement détenu par 2024. Plus préoccupant encore, la probabilité que la température moyenne mondiale franchisse temporairement le seuil de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels atteint désormais 91 % pour au moins une année au cours de cette période.
L’agence onusienne estime également à 75 % les chances que la moyenne mondiale sur l’ensemble de la période 2026-2030 dépasse ce seuil symbolique de 1,5 °C.

L’effet El Niño pourrait amplifier le phénomène
Les experts pointent déjà un facteur aggravant : le retour attendu du phénomène climatique El Niño à la fin de l’année 2026.
« Cela augmente les probabilités que 2027 devienne la prochaine année record », explique Leon Hermanson, auteur principal du rapport, qui compile les projections de treize instituts météorologiques internationaux.
Les modèles climatiques montrent en effet une tendance au développement de conditions El Niño dans le Pacifique tropical central, particulièrement en 2027 et 2028. Ce phénomène naturel, caractérisé par un réchauffement des eaux de surface dans le Pacifique équatorial, survient généralement tous les deux à sept ans et peut accentuer temporairement le réchauffement global.
Le précédent épisode, observé en 2023 et 2024, avait largement contribué à faire de ces deux années les plus chaudes jamais enregistrées.
Un réchauffement qui s’ancre dans la durée
Au-delà des fluctuations annuelles, les scientifiques constatent une tendance de fond toujours plus marquée. Entre 2026 et 2030, la température moyenne mondiale devrait se situer entre 1,3 °C et 1,9 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle.
Si le seuil de 1,5 °C a déjà été franchi temporairement en 2024, lorsque la température mondiale a atteint environ 1,55 °C au-dessus des niveaux de référence, l’OMM rappelle que les objectifs fixés par l’Accord de Paris s’évaluent sur des périodes longues, généralement de vingt ans.
Autrement dit, ces dépassements ponctuels ne signifient pas encore que les objectifs climatiques internationaux sont définitivement hors d’atteinte. Toutefois, l’organisation souligne qu’ils deviendront de plus en plus fréquents à mesure que le réchauffement mondial se rapproche durablement de ces seuils critiques.
Une bonne nouvelle subsiste néanmoins : la probabilité de voir la température mondiale dépasser temporairement les 2 °C au cours des cinq prochaines années demeure extrêmement faible, inférieure à 1 %.

L’Arctique se réchauffe à un rythme alarmant
Le rapport met également en lumière l’accélération spectaculaire du réchauffement dans l’Arctique. Durant les cinq prochains hivers de l’hémisphère Nord, les températures dans cette région devraient dépasser de 2,8 °C la moyenne observée entre 1991 et 2020.
Cette hausse est plus de trois fois supérieure à celle attendue à l’échelle mondiale, illustrant une nouvelle fois la vulnérabilité particulière des régions polaires face au changement climatique.
Conséquence directe : la banquise continue de reculer. Les projections pour la période 2026-2035 indiquent une diminution persistante de la concentration des glaces de mer dans les mers de Barents, de Béring et d’Okhotsk.
Des bouleversements attendus dans les régimes de précipitations
Les changements climatiques devraient également modifier la répartition des pluies à travers le monde.
Entre mai et septembre, sur la période 2026-2030, les prévisions annoncent des précipitations supérieures à la normale au Sahel, en Europe du Nord, en Alaska et en Sibérie. À l’inverse, l’Amazonie pourrait connaître des conditions plus sèches que la moyenne, accentuant les risques pour cet écosystème essentiel à l’équilibre climatique mondial.
Pour les scientifiques, ces projections confirment une tendance désormais bien installée : le réchauffement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité qui redessine déjà les équilibres météorologiques de la planète.
