VATICAN - 2026/04/11: Pope Leo XIV delivers his speech during the Vigil for Peace at St. Peter's Basilica. (Photo by Stefano Costantino/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Dans sa toute première encyclique, le pape Léon XIV dénonce les dérives environnementales, sociales et militaires de l’intelligence artificielle. Le souverain pontife appelle à un encadrement mondial strict afin d’empêcher la technologie de « dominer l’humain ».
Une première encyclique tournée vers l’intelligence artificielle
Le pape Léon XIV frappe fort dès le début de son pontificat. Dans sa première encyclique intitulée Magnifica humanitas (« Magnifique humanité »), rendue publique lundi 25 mai, le chef de l’Église catholique place l’intelligence artificielle au cœur de ses préoccupations morales et politiques.
À travers cette lettre solennelle adressée aux fidèles du monde entier, le souverain pontife appelle à « désarmer » l’IA, qu’il considère comme une technologie porteuse de menaces profondes pour l’humanité.
Une technologie accusée d’épuiser la planète
Dans ce texte, Léon XIV critique sévèrement l’impact écologique des systèmes d’intelligence artificielle. Le pape déplore une industrie extrêmement gourmande en ressources naturelles, nécessitant « de grandes quantités d’énergie et d’eau », avec des conséquences directes sur les émissions de dioxyde de carbone.
Le Vatican met ainsi en garde contre un modèle technologique qu’il juge incompatible avec la protection de l’environnement et la justice climatique.
Le pape dénonce « de nouvelles formes d’esclavage »
L’encyclique va plus loin en pointant les conditions humaines qui soutiennent l’essor de l’IA. Léon XIV évoque notamment l’exploitation liée à l’extraction des terres rares indispensables aux infrastructures numériques.
« Dans certaines régions du monde, des adolescents et des enfants travaillent dans des conditions dangereuses au broyage des matériaux dont on tire les terres rares », écrit-il. Le texte évoque des « corps marqués, mutilés, usés pour que le flux de calcul ne s’interrompe pas ».
Par ces mots particulièrement durs, le pape dénonce une économie numérique bâtie, selon lui, sur des souffrances invisibles.
Une critique du « paradigme technocratique »
Le souverain pontife s’inquiète également des effets cognitifs, sociaux et moraux de l’intelligence artificielle. Il dénonce ce qu’il appelle le « paradigme technocratique », une logique où l’efficacité, le contrôle et le profit finissent par gouverner seuls les choix humains.
Selon Léon XIV, cette dynamique risque de transformer les individus en simples « rouages d’un système qu’il faut rendre toujours plus performant ».
Le pape alerte ainsi contre une société où l’humain pourrait progressivement perdre sa place face aux impératifs technologiques et économiques.
L’IA militaire dans le viseur du Vatican
L’un des passages les plus alarmants de l’encyclique concerne l’usage militaire de l’intelligence artificielle. Dans un contexte international marqué par la montée des tensions géopolitiques, Léon XIV redoute une automatisation croissante de la guerre.
L’IA pourrait, selon lui, « abaisser le seuil du recours à la force », tout en rendant « les responsabilités opaques ». Le texte critique également une culture où « l’ennemi est réduit à une donnée et la victime à un dommage collatéral ».
Une prise de position forte qui rejoint les inquiétudes internationales autour des armes autonomes et des systèmes de guerre automatisés.
Le Vatican réclame un contrôle mondial
Face à ces risques, Léon XIV appelle les États et les institutions internationales à mettre en place « des cadres juridiques adéquats » ainsi qu’« une surveillance indépendante ».
L’objectif affiché : empêcher que l’intelligence artificielle ne « domine l’humain ». Le pape plaide également pour une technologie libérée des monopoles économiques et replacée au service des sociétés humaines.
« Il faut la rendre discutable, contestable, et donc habitable », affirme-t-il, en appelant à restituer l’IA « à la pluralité des cultures humaines et des formes de vie ».
Onze ans après Laudato si’
Cette encyclique s’inscrit dans la continuité de Laudato si’, publiée onze ans plus tôt par le pape François. Ce texte majeur appelait déjà à protéger la planète, qualifiée de « maison commune », et dénonçait les excès du consumérisme moderne.
Avec Magnifica humanitas, Léon XIV élargit désormais cette réflexion aux défis du numérique et de l’intelligence artificielle, plaçant l’Église catholique au cœur du débat mondial sur l’avenir des technologies.
