Par Hamidou TRAORE
Le classement mondial 2026 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières sonne comme un signal d’alarme. Ce baromètre, qui évalue la situation dans 180 pays, révèle une dégradation sans précédent : jamais, en 25 ans, la liberté d’informer n’avait été aussi fragilisée.
Le constat est sans appel : la température grimpe dangereusement. Plus de la moitié des pays étudiés sont désormais classés en situation « difficile » ou « grave », une première historique. Pire encore, moins de 1 % de la population mondiale vit dans un environnement où la presse peut être considérée comme véritablement libre.
La loi, nouvel instrument de répression
Parmi les cinq indicateurs évalués par RSF, l’indicateur légal est aujourd’hui le plus dégradé. Dans plus de 60 % des pays, les lois sont désormais utilisées pour restreindre, voire criminaliser, le travail journalistique.
Des États aussi différents que la Russie, le Salvador, Hong Kong, Israël, Arabie Saoudite, les États-Unis ou la France sont pointés du doigt pour l’usage détourné de lois sur la sécurité nationale. Ces dispositifs, censés protéger les citoyens, deviennent des outils de censure et d’intimidation.
Amériques : la spirale descendante
Aux Etats-Unis, l’impact politique est particulièrement visible. Sous l’influence de Donald Trump, le pays enregistre une chute spectaculaire de 7 places, illustrant une défiance accrue envers les médias.
Le phénomène se propage en Amérique latine. Les alliés idéologiques de Trump, Javier Milei en Argentine et Nayib Bukele au Salvador, voient leurs pays reculer respectivement à la 98e (-11) et 143e place (-8).
Mais au-delà des dynamiques politiques, la violence du crime organisé continue de faire chuter brutalement certains pays. L’Équateur perd 31 places (125e), tandis que le Pérou recule à la 144e place (-14), marqué par le meurtre de quatre journalistes en 2025.
Un travail crucial dans un contexte hostile
Dans ce contexte de recul généralisé, le travail de Reporters sans frontières apparaît plus essentiel que jamais. Ce classement, devenu une référence mondiale, permet de mesurer l’ampleur des dérives et d’alerter l’opinion publique.
Un hommage particulier est adressé aux équipes mobilisées pour cette édition, notamment à Vianney Loriquet, responsable du classement, dont le travail contribue à maintenir la vigilance internationale.
Une liberté en sursis
Le classement 2026 ne se contente pas de dresser un état des lieux : il met en lumière une tendance lourde et inquiétante. Entre pressions politiques, dérives légales et violences physiques, le journalisme fait face à une crise globale.
Plus qu’un simple indicateur, ce rapport agit comme un avertissement : sans réaction forte, la liberté de la presse pourrait continuer de s’éroder, au détriment des démocraties et du droit fondamental à l’information.
