Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Dans un contexte géopolitique marqué par les conflits et les tensions économiques, la lutte contre le changement climatique semblait reléguée au second plan. Pourtant, ce mercredi 20 mai 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution majeure sur la responsabilité climatique des États. Un texte qui pourrait rebattre les cartes du droit international en permettant de poursuivre les pays dont les politiques climatiques sont jugées insuffisantes au regard de leurs engagements internationaux.
Portée par le petit État insulaire du Vanuatu, particulièrement vulnérable à la montée des eaux et aux catastrophes climatiques, la résolution a été approuvée par 141 pays. Huit États ont voté contre, parmi lesquels les États-Unis, la Russie, l’Iran, Israël et l’Arabie saoudite, tandis que 28 délégations se sont abstenues.
Une reconnaissance inédite de la responsabilité climatique
Par ce vote, l’ONU valide politiquement l’avis rendu l’an dernier par la Cour internationale de justice (CIJ), qui estimait que les États avaient des obligations juridiques claires en matière de protection du climat.
Concrètement, cette résolution ouvre la voie à des actions judiciaires contre les pays accusés de ne pas respecter leurs engagements climatiques. Elle pourrait également permettre aux nations les plus touchées par les conséquences du réchauffement climatique – sécheresses, cyclones, montée des océans – de réclamer des réparations financières.
Pour les défenseurs de la justice climatique, cette décision marque un tournant historique. Les pays les plus vulnérables disposent désormais d’un nouvel outil diplomatique et juridique pour faire pression sur les grandes puissances émettrices de gaz à effet de serre.
Un texte affaibli sous la pression diplomatique
Malgré son importance symbolique, la résolution reste toutefois non contraignante. Plusieurs dispositions ambitieuses ont été retirées au fil des négociations sous la pression de certains États.
Parmi les mesures abandonnées figure notamment la création d’un « registre international des dommages », destiné à centraliser les preuves des préjudices causés par le réchauffement climatique. Un mécanisme qui aurait pu faciliter d’éventuelles demandes de compensation devant les juridictions internationales.
Cette version édulcorée illustre les profondes divisions qui persistent au sein de la communauté internationale sur la question de la responsabilité climatique et des réparations financières.
Les États-Unis en première ligne du blocage
Les États-Unis se sont imposés comme les principaux opposants au texte. La représentante adjointe américaine auprès de l’ONU, Tammy Bruce, a dénoncé une résolution « très problématique » et a rejeté l’« autorité » de l’avis rendu par la Cour internationale de justice.
Washington craint notamment que ce type de mécanisme ouvre la porte à une multiplication des recours judiciaires contre les grands pays industrialisés, historiquement responsables de la majorité des émissions de CO₂.
Cette position a été soutenue par plusieurs puissances pétrolières et États fortement dépendants des énergies fossiles, soucieux d’éviter toute reconnaissance juridique susceptible d’entraîner des obligations financières massives à l’avenir.
Une avancée symbolique aux conséquences potentiellement majeures
Même sans valeur contraignante immédiate, cette résolution représente une étape importante dans l’évolution du droit climatique international. Elle renforce la pression politique et morale sur les États les plus pollueurs et pourrait inspirer de futures décisions judiciaires nationales ou internationales.
Alors que les catastrophes climatiques se multiplient à travers le monde, les pays les plus exposés entendent désormais faire reconnaître non seulement l’urgence environnementale, mais aussi la responsabilité des États qui tardent à agir.
