© PNUD/Ab Rashid Une femme recueille de l'eau dans le district de Satkhira, touché par la sécheresse, dans l'ouest du Bangladesh.
Par Hamidou TRAORE
La planète ne manque pas d’argent pour se protéger. Elle manque de cohérence. Alors que des milliards de dollars sont mobilisés chaque année pour préserver les écosystèmes, des milliers de milliards continuent d’alimenter des activités qui les ravagent.
C’est le constat sans appel dressé par le rapport État du financement de la nature 2026, publié par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Son chiffre phare résume l’ampleur du déséquilibre : pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, trente dollars servent à la détruire.
Face à cette contradiction, les Nations Unies appellent à une réforme financière de grande ampleur. Objectif : réorienter les flux financiers mondiaux vers un modèle compatible avec la préservation du vivant et le bien-être des populations.
L’argent, nerf de la crise écologique
« Suivre la trace de l’argent permet de mesurer l’ampleur du défi », alerte Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. Selon elle, les investissements favorables à la nature progressent trop lentement, tandis que les financements et subventions néfastes pour l’environnement continuent de croître « à un rythme effréné ».
Les secteurs les plus problématiques sont clairement identifiés :
- les services publics (eau, électricité),
- l’industrie, l’énergie et l’extraction de matières premières,
- mais aussi les domaines largement subventionnés comme les combustibles fossiles, l’agriculture intensive, les transports, l’eau et la construction.
« Nous avons le choix : investir dans la destruction de la nature ou dans sa restauration. Il n’existe pas de voie médiane », tranche Inger Andersen.

Un tournant encore possible
Au-delà du diagnostic, le rapport esquisse une trajectoire de sortie de crise. Les experts plaident pour un « tournant majeur en faveur de la nature », fondé sur des solutions à la fois écologiques et économiquement viables.
Parmi les pistes mises en avant :
- la végétalisation des villes pour réduire les îlots de chaleur et améliorer la santé des habitants ;
- l’intégration systématique de la nature dans les infrastructures routières et énergétiques ;
- le développement de matériaux de construction à émissions négatives.
Le PNUE propose également une feuille de route claire : supprimer progressivement les subventions nocives, réduire les investissements destructeurs et accélérer le déploiement de financements « positifs pour la nature ».
Les chiffres clés
- 7 300 milliards de dollars ont été investis en 2023 dans des activités nuisibles à la nature.
- 220 milliards de dollars seulement ont été consacrés aux solutions fondées sur la nature, majoritairement via des fonds publics.
- Des signaux encourageants émergent toutefois :
- +11 % de dépenses pour la biodiversité entre 2022 et 2023 ;
- +22 % de financement public international pour les solutions fondées sur la nature en 2023 par rapport à 2022 ;
- +55 % par rapport à 2015.
Le message est clair : l’argent existe. Reste à décider s’il doit continuer à financer l’effondrement du vivant, ou sa reconstruction.
