Par Hamidou TRAORE
Une nouvelle évaluation globale de l’empreinte hydrique de l’intelligence artificielle (IA) révèle que les systèmes d’IA pourraient avoir utilisé, en 2025, entre 312,5 et 764,6 milliards de litres d’eau, un volume comparable au total mondial de l’eau consommée par l’industrie de l’eau embouteillée en une année.
Cette estimation, rendue publique par des chercheurs spécialisés dans l’impact environnemental des technologies numériques, met en lumière un aspect méconnu mais majeur du boom de l’IA : l’ampleur de sa consommation d’eau via les centres de données et la production d’électricité qui les alimente.
Une soif hydrique difficile à mesurer
Contrairement aux statistiques énergétiques plus communes, la consommation d’eau liée à l’IA est complexe à quantifier. Elle comprend :
- l’eau utilisée directement pour le refroidissement des serveurs dans les data centers ;
- l’eau indirecte consommée lors de la production d’électricité qui alimente ces installations.
Ces deux dimensions cumulées expliquent la large fourchette d’estimations (312,5 à 764,6 milliards de litres), car la transparence des géants du numérique sur ces données reste limitée, forçant les chercheurs à utiliser des méthodes d’estimation indirectes.
Un impact comparable à de grandes industries
Pour avoir une idée de l’ampleur de ce volume, il faut noter que 312,5 à 764,6 milliards de litres représentent l’équivalent de la consommation annuelle d’eau de l’industrie mondiale de l’eau embouteillée.
Les auteurs de l’étude soulignent que l’essor rapide de l’IA, avec des modèles de plus en plus puissants et un usage mondial croissant, accentue la pression sur les ressources hydriques déjà fragiles dans de nombreuses régions.
Des défis écologiques à l’ère de l’IA
Derrière les promesses technologiques et la croissance économique associée à l’IA se profile une réalité environnementale plus dure qu’on ne l’imagine. Les centres de données, qui assurent l’entraînement et l’inférence des modèles d’IA, sont des infrastructures énergivores qui nécessitent une puissante capacité de refroidissement, souvent assurée grâce à des systèmes impliquant de l’eau.
En parallèle, la demande en électricité des centres de données est aussi en forte hausse ; selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des centres de données pourrait plus que doubler d’ici 2030, créant une pression supplémentaire sur les ressources énergétiques et hydriques.
Appels à davantage de transparence et des stratégies durables
Face à ces enjeux, experts et organisations appellent à une meilleure transparence des entreprises technologiques quant à leur consommation d’eau et d’énergie. Ils préconisent également :
- L’adoption de technologies de refroidissement plus sobres en eau ;
- L’intégration de sources d’énergie renouvelables ;
- Des politiques publiques incitant à réduire l’empreinte environnementale de l’IA.
Ces recommandations interviennent dans un contexte où la rareté de l’eau devient une crise mondiale, affectant l’agriculture, les populations locales et les écosystèmes.
Un tournant pour une IA durable
Alors que l’IA continue de s’étendre dans tous les secteurs de l’économie, la question de son impact matériel, notamment hydrique, rejoint celle bien plus discutée de son empreinte carbone. Par exemple, certaines analyses estiment que l’empreinte carbone de l’IA en 2025 pourrait rivaliser avec celle d’une grande métropole comme New York.
Ces constats soulignent l’importance d’une approche équilibrée : valoriser les innovations de l’IA tout en garantissant la durabilité des ressources naturelles. Le débat se poursuit entre responsables politiques, industriels et chercheurs pour trouver des solutions à cette nouvelle soif numérique.
Hamid
