Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
D’ici 2100, plus de 90 % des pays verront leurs rendements agricoles chuter à cause du réchauffement climatique, selon une nouvelle étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publiée le mercredi 05 novembre 2025. Ainsi, le changement climatique menace directement la sécurité alimentaire mondiale. Même dans les scénarios les plus favorables, plus de neuf pays sur dix devraient voir leurs rendements agricoles diminuer d’ici la fin du siècle.
Le climat, une menace directe pour l’agriculture mondiale
L’analyse du PNUD repose sur l’étude de 19 000 régions réparties dans 176 pays. Elle met en évidence une tendance inquiétante : la hausse des températures compromet la productivité agricole mondiale et accentue les inégalités entre pays. Pedro Conceição, directeur du Bureau du rapport sur le développement humain au PNUD indique que « le changement climatique n’est pas seulement un défi environnemental, c’est une crise majeure du développement ».

Six cultures essentielles en déclin
Les chercheurs se sont concentrés sur six cultures de base, maïs, riz, blé, soja, manioc et sorgho, qui nourrissent la majeure partie de la planète.
Selon leurs projections, chaque degré supplémentaire de réchauffement entraînerait une baisse moyenne de 4,4 % de la production mondiale annuelle de ces cultures vivrières.
Même dans les scénarios d’émissions modérées, les rendements chutent, soulignant la vulnérabilité structurelle des systèmes agricoles face au dérèglement climatique.
Des impacts majeurs, du Midwest américain à l’Afrique de l’Ouest
Les États-Unis, premier producteur mondial de maïs, pourraient voir leurs rendements diminuer d’un tiers d’ici le milieu du siècle dans certaines zones, menaçant la fameuse « ceinture du maïs”.
En Afrique subsaharienne, les pertes pourraient atteindre des niveaux dramatiques : le Burkina Faso risque par exemple une chute de 46 % de sa production d’ici 2050.
Les pays producteurs de blé et de soja ne seront pas épargnés non plus, avec des baisses allant jusqu’à 40 % dans les scénarios les plus pessimistes, un risque majeur pour les prix alimentaires mondiaux et la stabilité géopolitique.
Des régions côtières particulièrement exposées
Certaines zones, déjà habituées à des conditions extrêmes, montrent une meilleure résilience grâce à des pratiques agricoles adaptées à la chaleur et au manque d’eau.
Mais les régions côtières figurent parmi les plus menacées : la montée du niveau de la mer pourrait engloutir des terres agricoles entières.
Au sud du Vietnam, près de 6 % des surfaces cultivées pourraient disparaître d’ici 2050 si aucune protection côtière supplémentaire n’est mise en place.

Une alerte à la veille de la COP 30
Ces conclusions tombent à point nommé, alors que la COP 30 s’ouvre la semaine prochaine au Brésil. Elles font écho à la Déclaration de Belém sur la faim, la pauvreté et l’action climatique centrée sur l’humain, qui appelle à replacer les systèmes alimentaires et la justice sociale au cœur des politiques climatiques.
Le PNUD insiste : une réduction ambitieuse des émissions de gaz à effet de serre pourrait limiter de moitié les pertes agricoles prévues d’ici 2100. « La voie vers un avenir durable et équitable passe par une action climatique centrée sur l’humain », conclut Pedro Conceição.
Et d’ajouter : « Garantir à chacun un accès à une alimentation suffisante, nutritive et fiable n’est pas seulement une question de survie, mais un fondement de la dignité humaine. »
À retenir
- 90 % des pays connaîtront une baisse de leurs rendements agricoles d’ici 2100.
- Chaque +1 °C = –4,4 % de production mondiale des six cultures de base.
- Les États-Unis, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est parmi les plus touchés.
- La montée des mers menace directement les terres côtières.
- La réduction des émissions reste la clé pour éviter un effondrement alimentaire global.
Hamidou TRAORE
