OPS Au Chili, les nouveaux traitements de l'hépatite permettent à environ 98 % des patients de guérir complètement.
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Chaque jour, près de 3 500 personnes meurent des hépatites B et C. Alors que des vaccins, des traitements efficaces et même des guérisons existent, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avertit que le monde n’avance pas assez vite pour atteindre l’objectif d’élimination fixé à 2030. Sans une accélération immédiate des efforts, des millions de vies pourraient encore être perdues. Dans cette course contre la montre, le continent africain est en première ligne.
À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, célébrée ce 28 juillet 2026 sous le thème « Hépatite : faisons tomber les barrières ! », l’Organisation mondiale de la Santé tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Après une décennie de progrès, la dynamique s’essouffle et menace l’ambition mondiale d’éliminer les hépatites virales comme problème majeur de santé publique d’ici 2030. Le constat est alarmant. En 2024, les hépatites B et C ont provoqué 1,3 million de décès, soit près de 3 500 morts chaque jour. Contrairement au VIH ou à la tuberculose, dont la mortalité recule progressivement, celle liée aux hépatites continue d’augmenter.
Une épidémie silencieuse qui continue de tuer
Lors d’un point de presse à Genève, la Dre Olufunmilayo Lesi, responsable du programme Hépatite à l’OMS, a rappelé que ces décès sont, pour l’essentiel, la conséquence d’infections chroniques évoluant pendant des années sans symptômes avant de provoquer une cirrhose ou un cancer du foie. « Pourtant, la grande majorité de ces décès pourrait être évitée », a-t-elle souligné. Le principal obstacle demeure le dépistage. Des millions de personnes vivent avec le virus sans le savoir. À l’échelle mondiale, seulement un quart des personnes atteintes d’une hépatite B chronique et un peu plus d’un tiers de celles vivant avec une hépatite C ont été diagnostiqués.
Au total, 287 millions de personnes sont porteuses d’une hépatite B ou C. Ce déficit de dépistage, combiné à un accès encore insuffisant aux traitements, éloigne dangereusement l’objectif de réduire de 65 % la mortalité d’ici 2030.
Des progrès réels, mais encore trop fragiles
L’OMS refuse toutefois de céder au pessimisme. Pour l’organisation, les solutions existent et plusieurs pays démontrent déjà que l’élimination est un objectif atteignable. L’extension de la vaccination contre l’hépatite B chez les enfants a permis d’éviter des millions de nouvelles infections. Dans le même temps, l’accès aux traitements curatifs contre l’hépatite C continue de s’élargir. De plus en plus d’États intègrent désormais le dépistage et la prise en charge des hépatites aux soins de santé primaires et à la couverture sanitaire universelle. Plusieurs enregistrent également des avancées significatives dans l’élimination de la transmission mère-enfant de l’hépatite B. « Lorsque les pays investissent dans la prévention, le dépistage, le traitement et des systèmes de santé solides, ils sauvent des vies », a insisté la Dre Lesi.

L’Afrique reste en première ligne
Malgré ces avancées, les inégalités demeurent considérables. Si 84 % des nourrissons dans le monde reçoivent désormais le vaccin contre l’hépatite B, seuls 17 % des nouveau-nés africains bénéficient de la dose administrée dès la naissance, pourtant essentielle pour empêcher la transmission du virus. L’OMS appelle également à renforcer la sécurité des injections, à développer les programmes de réduction des risques et à améliorer l’accès aux tests diagnostiques. Les outils existent déjà. L’hépatite C peut être guérie grâce à des traitements efficaces, tandis que l’hépatite B peut être durablement contrôlée par un traitement antiviral permettant d’éviter les complications hépatiques.
Agir maintenant ou payer le prix de l’inaction
Pour l’OMS, la réponse ne peut plus être fragmentée. La lutte contre les hépatites doit être pleinement intégrée aux programmes consacrés au VIH, à la santé maternelle et infantile, aux soins primaires, aux maladies non transmissibles et à la prévention des cancers. Une telle approche permettrait de toucher davantage de populations, d’optimiser les ressources disponibles et de renforcer durablement les systèmes de santé. Mais cette stratégie ne pourra produire ses effets sans un engagement politique durable et des financements à la hauteur des enjeux.
À l’heure où de nombreux pays réduisent leurs budgets de santé, l’agence onusienne met en garde contre les conséquences d’un désengagement. Le prix de l’inaction sera lourd : davantage d’infections évitables, davantage de cancers du foie, davantage de décès, mais aussi des coûts sanitaires et économiques toujours plus élevés. « La voie vers l’élimination est connue. Le véritable défi consiste désormais à accélérer. Chaque retard entraîne davantage d’infections évitables, davantage de cancers du foie évitables et davantage de décès évitables », a conclu la Dre Olufunmilayo Lesi.
Hamidou TRAORÉ
