Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
La justice espagnole réaffirme les limites de la liberté d’expression face aux discours de haine. Le Tribunal supérieur de justice de Madrid a confirmé la condamnation d’Isabel Peralta, figure de l’extrême droite espagnole, reconnue coupable d’avoir publiquement incité à la haine contre les Marocains lors d’une manifestation organisée en pleine crise migratoire de Ceuta. Une décision qui intervient dans un contexte de résurgence des discours xénophobes en Europe.
Une condamnation confirmée en appel
Le Tribunal supérieur de justice de Madrid (TSJM) a confirmé la peine d’un an d’emprisonnement infligée à María Isabel Peralta, militante ultranationaliste devenue l’un des visages les plus médiatisés de l’extrême droite espagnole. Selon l’agence de presse Europa Press, la Cour a estimé que les propos tenus publiquement par la militante relevaient clairement de l’incitation à la haine et à la discrimination envers les immigrés marocains, un délit réprimé par l’article 510.1.a du Code pénal espagnol. Les magistrats ont rejeté l’ensemble des arguments présentés en appel, considérant que les preuves réunies démontrent sans ambiguïté sa responsabilité dans les faits.
Des propos racistes tenus en pleine crise de Ceuta
L’affaire remonte au 18 mai 2021, alors que les relations entre Madrid et Rabat étaient particulièrement tendues après l’arrivée de plusieurs milliers de migrants à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte nord-africaine. Profitant du climat de tension, Isabel Peralta avait pris la tête d’un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Madrid. Munie d’un mégaphone, elle avait multiplié les déclarations visant les Marocains, les présentant comme une menace pour l’Espagne et appelant à leur rejet. Pour la justice, ces propos ne relevaient pas du débat politique mais constituaient un discours destiné à alimenter l’hostilité contre une communauté définie par son origine nationale et ethnique.

Un salut nazi qui ravive la polémique
Vendredi 31 juillet, quelques jours après la confirmation de sa condamnation, Isabel Peralta est revenue devant l’ambassade du Maroc à Madrid. Face à ses partisans, elle a dénoncé sa condamnation en affirmant que les événements de 2021 se reproduisaient aujourd’hui avec l’arrivée de migrants. Elle a ensuite déchiré publiquement la décision de justice avant de conclure son intervention par un salut nazi, geste qu’elle a déjà effectué à plusieurs reprises lors de rassemblements ou même devant le tribunal qui l’avait jugée. Cette mise en scène a suscité une nouvelle vague d’indignation en Espagne, où les symboles du nazisme demeurent étroitement associés aux discours de haine et à l’extrémisme violent.
La liberté d’expression ne couvre pas les discours de haine
Dans son arrêt, le Tribunal supérieur de justice rappelle que la liberté d’expression constitue un droit fondamental, mais qu’elle ne protège pas les propos qui portent atteinte à la dignité des personnes ou encouragent la haine, la discrimination ou l’hostilité envers un groupe en raison de son origine. Outre sa peine d’un an de prison, Isabel Peralta est également condamnée à une amende de six mois, au paiement des frais de justice, à l’interdiction d’exercer son droit d’éligibilité pendant la durée de sa peine et au retrait des contenus diffusés sur Internet liés aux faits jugés.
Une décision symbolique face à la montée de l’extrême droite
Cette décision intervient alors que plusieurs pays européens sont confrontés à une progression des mouvements nationalistes exploitant les questions migratoires pour diffuser des discours hostiles aux étrangers. En confirmant cette condamnation, la justice espagnole envoie un signal fort : le débat politique ne saurait servir de prétexte à la stigmatisation d’une communauté ou à la propagation de messages racistes. Le jugement s’inscrit dans une volonté plus large de lutter contre la banalisation des discours de haine, particulièrement sur les réseaux sociaux et lors des manifestations publiques.
