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Par Hamidou TRAORE
Face à la dégradation des sols, aux effets du changement climatique et à la persistance de l’insécurité alimentaire, le Burkina Faso s’engage dans une nouvelle orientation agricole. À travers la Stratégie nationale de développement de l’agroécologie (SND-AE) 2023-2027, les autorités ambitionnent de promouvoir une agriculture plus durable, capable d’améliorer la productivité tout en préservant les ressources naturelles.
Une réponse aux défis agricoles et climatiques
Dans un contexte marqué par la variabilité climatique et la pression croissante sur les terres cultivables, l’agriculture burkinabè est confrontée à de multiples défis. Les épisodes de sécheresse, l’irrégularité des pluies et l’appauvrissement des sols fragilisent la production agricole et accentuent la vulnérabilité des populations rurales.
Or, l’agriculture demeure un pilier essentiel de l’économie nationale. Elle emploie une grande partie de la population active et constitue une source importante de revenus pour les ménages ruraux.
C’est dans ce contexte que le gouvernement du Burkina Faso a élaboré la Stratégie nationale de développement de l’agroécologie, un cadre destiné à transformer progressivement les systèmes agricoles et alimentaires du pays.
L’agroécologie, un modèle agricole durable
L’agroécologie se présente comme une approche agricole conciliant productivité et préservation de l’environnement. Elle repose sur des pratiques respectueuses des écosystèmes, notamment la diversification des cultures, l’agroforesterie, l’utilisation de fertilisants organiques et la gestion durable de l’eau.
Cette approche privilégie également la valorisation des savoirs locaux et l’utilisation des ressources disponibles dans les territoires.
En adoptant cette orientation, les autorités burkinabè entendent promouvoir un modèle agricole plus résilient face aux changements climatiques et moins dépendant des intrants chimiques importés.
Trois axes pour structurer la transition agroécologique
La stratégie nationale s’articule autour de trois axes principaux destinés à structurer la mise en œuvre de l’agroécologie dans le pays.
Renforcer la gouvernance institutionnelle
Le premier axe vise à améliorer la coordination entre les différentes institutions impliquées dans la promotion de l’agroécologie. Il s’agit notamment de renforcer les mécanismes de concertation entre l’État, les collectivités territoriales, les organisations paysannes et les partenaires techniques et financiers.
Une gouvernance efficace est considérée comme une condition essentielle pour assurer la cohérence et la durabilité des actions engagées.

Diffuser les pratiques agroécologiques sur l’ensemble du territoire
Le deuxième axe concerne la promotion et la diffusion des techniques agroécologiques dans les différentes régions du pays.
Les actions envisagées comprennent notamment la restauration des sols dégradés, l’introduction de pratiques agricoles durables et le développement de systèmes de production plus diversifiés.
À long terme, l’objectif affiché est ambitieux : porter à 30 % la proportion des superficies cultivées utilisant des pratiques agroécologiques à l’horizon 2040.
Renforcer les capacités des acteurs ruraux
Le troisième axe met l’accent sur la formation et l’accompagnement des acteurs du monde rural.
Des programmes de formation et de vulgarisation agricole seront mis en place afin de permettre aux producteurs, aux techniciens et aux organisations paysannes de s’approprier les principes et les techniques de l’agroécologie.
La stratégie prévoit également de valoriser les connaissances traditionnelles des agriculteurs, considérées comme une source importante d’innovation et d’adaptation aux conditions locales.
Un financement de plus de 19 milliards de FCFA
La mise en œuvre de la stratégie nécessitera d’importants moyens financiers. Selon le document officiel, le coût global du programme est estimé à plus de 19 milliards de francs CFA.
Ces ressources seront mobilisées pour soutenir la formation des producteurs, la recherche agricole, la diffusion des innovations techniques et le renforcement des dispositifs d’appui au monde rural.
Le financement devrait provenir à la fois de l’État burkinabè et des partenaires techniques et financiers engagés dans la promotion d’une agriculture durable.
Un dispositif de suivi pour assurer l’efficacité
Afin de garantir la réussite du programme, la stratégie prévoit la mise en place d’un dispositif de suivi-évaluation.
Ce mécanisme permettra de mesurer les résultats obtenus, d’évaluer l’impact des actions menées et d’identifier les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre.
Une analyse des risques a également été intégrée au document afin d’anticiper les éventuels obstacles liés aux contraintes institutionnelles, financières ou techniques.
Réduire la pauvreté rurale et renforcer la sécurité alimentaire
Au-delà des enjeux environnementaux, la stratégie agroécologique vise également à améliorer les conditions de vie des populations rurales.
En favorisant des systèmes de production plus durables et plus résilients, l’agroécologie pourrait contribuer à augmenter les revenus des agriculteurs et à réduire la pauvreté dans les zones rurales.
Elle représente également un levier important pour renforcer la sécurité alimentaire nationale et réduire la dépendance du pays vis-à-vis des intrants agricoles importés.
Un tournant pour l’agriculture burkinabè
Avec l’adoption de la Stratégie nationale de développement de l’agroécologie, le Burkina Faso affirme sa volonté d’engager une transition vers un modèle agricole plus durable.
Si sa mise en œuvre effective dépendra de la mobilisation des ressources et de l’implication des acteurs du secteur agricole, cette stratégie pourrait marquer un tournant important pour l’avenir des systèmes alimentaires du pays.
Hamidou TRAORE
