La crise climatique lié à la désertification reste un problème majeur dans le monde et singulièrement en Afrique. C’est d’ailleurs sur ce continent que l’illustration la plus symptomatique est donnée. Pour la première fois dans le monde, le duo désertification et sécheresse est officiellement qualifié de « premier conflit lié au changement climatique » dans le cadre du conflit meurtrier au Darfour.
Par Hamidou TRAORE (tr.hamidou@gmail.com)
Le conflit au Darfour a été qualifié de « premier conflit lié au changement climatique ». Cette information a même été citée par la dernier rapport (2024) des organisations onusiennes que sont l’Unesco et ONU-Eau, intitulé : « L’Eau pour la prospérité et la paix ». Il est d’ailleurs indiqué qu’au cours des décennies qui ont précédé le déclenchement de la guerre en 2003, la région du Sahel, dans le nord du Soudan, a connu une avancée du désert du Sahara vers le sud de plus d’un kilomètre par an et une diminution de la pluviométrie médiane annuelle de 15 à 30 %. Ces changements ont eu des conséquences importantes pour les deux systèmes agricoles prédominants, et parfois concurrents, du Soudan : d’une part, les petits exploitants agricoles dépendants de la production pluviale et d’autre part, les éleveurs nomades, dont les ethnies prédominantes diffèrent. L’accélération de la désertification et de la sécheresse, exacerbées par une gestion non durable des terres, a lentement érodé la disponibilité des ressources naturelles nécessaires à la subsistance et la coexistence pacifique de ces deux groupes dans la région. Les couloirs de pâturage établis de longue date se sont rétrécis à tel point que les régimes de tenure communaux traditionnels n’ont pas permis d’effectuer un arbitrage.
Ces facteurs ont amené Ban Ki-moon, alors Secrétaire général des Nations Unies, à déclarer en 2007 : « Inlassablement, nous parlons du Darfour comme d’un conflit militaire et politique, un conflit ethnique opposant les milices arabes aux rebelles noirs et aux paysans. Mais si l’on en examine les racines, on en découvre une dynamique plus complexe. Au-delà des diverses causes sociales et politiques, le conflit du Darfour a commencé en tant que crise écologique, partiellement imputable au changement climatique ». Ainsi, sans ambages le premier représentant de la plus grande organisation mondiale qui est l’ONU imputait au conflit au Darfour, la crise climatique mondialisée.
Le Rapport 2024 de l’Unesco et ONU-Eau signale que d’ici à 2030, « 150 millions de personnes par an pourraient avoir besoin d’une aide humanitaire à la suite d’inondations, de sécheresses et de tempêtes ; d’ici à 2050, c’est plus de 200 millions de personnes, chaque année, qui pourraient être concernées… ». Dans la foulée, le Rapport indique que la mise en œuvre de solutions « fondées sur la nature pourrait réduire le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire internationale pour des raisons liées au changement climatique et aux catastrophes d’origine météorologique.
Rappelons que depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, les Nations-Unies ont considéré la désertification, ainsi que les changements climatiques et la perte de biodiversité comme les « plus grands défis au développement durable ». Dans la foulée, en 1994, l’Assemblée générale des Nations Unies a établi la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), le seul accord international juridiquement contraignant liant l’environnement et le développement à la gestion durable des terres. En plus pour joindre l’utile à l’agréable, l’ONU a déclaré le 17 juin « Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse » par sa résolution A/RES/49/115.
Plus tard, en 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies a déclaré 2010-2020 Décennie des Nations Unies pour les déserts et la lutte contre la désertification afin de mobiliser une action mondiale pour lutter contre la dégradation des terres, dirigée à nouveau par le Secrétariat de la Convention.
Les 197 parties à la Convention (169 touchées par la désertification) travaillent ensemble pour maintenir et restaurer la productivité des terres et des sols, et pour atténuer les effets de la sécheresse dans les zones arides – les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, où se trouvent certains des écosystèmes les plus vulnérables.
Depuis 2017, l’UNCCD et ses partenaires ont aidé environ 70 pays sujets à la sécheresse à élaborer des plans d’action nationaux pour réduire les catastrophes dues à la sécheresse.
Par Hamidou TRAORE (tr.hamidou@gmail.com)
