Par Hamidou TRAORE (tr.hamidou@gmail.com)
Alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz menacent de faire flamber les prix alimentaires mondiaux, les Nations Unies et l’Union africaine tirent la sonnette d’alarme : sans réforme profonde du financement agricole, l’Afrique risque de s’enfoncer davantage dans la crise alimentaire.
Dans un rapport conjoint, la FAO, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Commission de l’Union africaine (CUA) dénoncent un fossé colossal entre les financements actuellement mobilisés et les besoins réels pour transformer les systèmes agroalimentaires du continent.
Une faim qui progresse année après année
Le constat est alarmant. Pour la huitième année consécutive depuis 2017, la faim continue de gagner du terrain en Afrique. Le continent compte désormais 306 millions de personnes sous-alimentées, soit plus de 45 % des personnes touchées dans le monde.
À cela s’ajoutent 892 millions d’Africains confrontés à une insécurité alimentaire modérée ou grave, alimentée par les conflits, les dérèglements climatiques, les crises économiques et l’aggravation des inégalités sociales. Un niveau plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale.
En 2024, près de 337 millions de personnes, soit plus d’un Africain sur cinq, souffraient d’insécurité alimentaire sévère. Toutes les régions du continent enregistrent une dégradation continue de la situation.
Les enfants paient également un lourd tribut : plus de 30 % des moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance, tandis que l’émaciation touche 5,4 % d’entre eux.
Autre signal inquiétant : plus d’un milliard d’Africains ne peuvent plus se permettre une alimentation saine, soit 29 millions de plus qu’en 2023.
Des financements largement insuffisants
Malgré une hausse progressive des dépenses publiques agricoles depuis 2018, les auteurs du rapport estiment que les efforts restent très loin des besoins.
Les financements extérieurs progressent timidement, avec moins de 27 % de l’aide publique au développement orientée vers la sécurité alimentaire et la nutrition.
Le secteur privé, lui aussi, reste en retrait. Les crédits bancaires accordés à l’agriculture représentent moins de 4 % du volume total des prêts, tandis que les investissements directs étrangers dans l’agriculture dépassent rarement les 2 milliards de dollars par an.
Pour les agences onusiennes et l’Union africaine, cette faiblesse chronique des investissements compromet sérieusement toute perspective de transformation agricole durable.

Repenser le financement agricole
Face à l’urgence, le rapport appelle à une mobilisation massive des ressources publiques et privées. L’objectif : moderniser les systèmes agroalimentaires, renforcer la résilience climatique et mettre fin à la faim sur le continent.
Les institutions recommandent notamment :
- d’augmenter significativement les investissements publics agricoles ;
- d’améliorer l’efficacité des financements existants ;
- d’encourager davantage les investissements privés ;
- et de créer un environnement favorable à l’essor du secteur agroalimentaire africain.
Pour les auteurs du rapport, l’enjeu dépasse désormais la simple question agricole : il s’agit d’éviter une crise alimentaire majeure dans un contexte mondial de plus en plus instable.
