Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Dans l’épreuve comme dans la discrétion, il incarna la générosité, la dignité et la solidarité. L’histoire retiendra qu’au-delà des accusations, des épreuves et des longues années d’isolement, cet homme demeura fidèle à une seule ligne de conduite : servir l’humain et soulager la souffrance de son prochain.
L’injustice et l’exil imposé
Au milieu des années 1990, la France dirigée par le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua prit des mesures d’expulsion visant plusieurs ressortissants algériens et marocains, dont Me Ahmed Simozrag.
Rejetés ailleurs, ces hommes furent envoyés au Burkina Faso, alors dirigé par Blaise Compaoré, où ils vécurent pendant plus de vingt ans sous résidence surveillée, sous la vigilance du Régiment de sécurité présidentielle.
Ce fut une période longue et éprouvante. Pourtant, malgré cette condition d’exil et de privation de liberté, Me Simozrag ne céda ni à l’amertume ni au ressentiment. Là où d’autres auraient sombré dans le silence et la rancœur, lui choisit la voie du service et de la compassion.
Avec le temps, la vérité finit par s’imposer : la France, sous la présidence d’Emmanuel Macron, reconnut l’erreur commise à son encontre et lui adressa une lettre d’excuses, reconnaissant ainsi l’injustice dont il avait été victime.
Un bienfaiteur discret pour les Burkinabè
Durant toutes ces années passées à Ouagadougou, Me Ahmed Simozrag transforma l’épreuve en mission humanitaire silencieuse.
Depuis son centre, le CADIS, il multiplia les gestes de solidarité :
- Il prenait en charge les frais d’études d’étudiants en difficulté.
- Il offrait des tickets de restaurant universitaire pour plusieurs mois afin que les jeunes puissent poursuivre leurs études dignement.
- Il ouvrait les dortoirs de son centre à ceux qui venaient de loin – de l’intérieur du Burkina, de Côte d’Ivoire, du Tchad ou d’ailleurs – et qui n’avaient pas les moyens de se loger.
Sans tambours ni caméras, il semait la dignité dans la vie de centaines de jeunes. Beaucoup d’entre eux, aujourd’hui cadres, enseignants ou fonctionnaires, portent encore en mémoire la générosité de cet homme qui leur a permis de poursuivre leurs rêves.
La générosité du Ramadan
Le mois béni du Ramadan était un moment particulièrement révélateur de sa bonté.
Chaque année, Me Simozrag mobilisait une équipe pour préparer des repas destinés aux plus nécessiteux. Ces repas étaient distribués :
- à l’université de Ouagadougou,
- à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO),
- au CADIS,
- et à d’autres personnes en difficulté.
Tout cela se faisait dans une discrétion absolue, loin des projecteurs et des calculs de réputation. Pour lui, la charité n’était pas un spectacle : c’était un acte de foi.
Hommage en ce mois béni
En ce mois sacré de Ramadan, période de miséricorde, de partage et de purification des cœurs, il est juste de rendre hommage à Me Ahmed Simozrag.
Que Dieu récompense l’homme qui, dans l’adversité, a choisi la générosité.
Que Dieu bénisse celui qui a fait de l’exil une terre de solidarité.
Et que les prières de tous ceux qu’il a aidés continuent d’éclairer sa mémoire.
Car certaines vies, même marquées par l’injustice, deviennent des lumières pour les autres.
Me Ahmed Simozrag fut de celles-là.
