PAM/Michael Tewelde Une grave sécheresse a décimé le bétail dans le district d'Adadle, en Éthiopie (Archives)
Par Hamidou TRAORE
Des récoltes en chute, du bétail en souffrance et des millions de travailleurs exposés : les vagues de chaleur extrême s’intensifient et fragilisent les systèmes alimentaires mondiaux. Un rapport des agences de l’ONU alerte sur une crise déjà en cours, appelée à s’aggraver.
La chaleur n’est plus seulement une saison, c’est une menace. Selon un rapport publié à l’occasion de Journée de la Terre nourricière, plus d’un milliard de personnes voient déjà leurs conditions de vie bouleversées par des épisodes de chaleur extrême. Revenus, santé, capacité de travail : tout vacille. Et avec eux, les fondations mêmes des systèmes alimentaires.
Les analyses conjointes de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et d’Organisation météorologique mondiale dressent un constat sans ambiguïté : en cinquante ans, ces vagues de chaleur sont devenues plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Une trajectoire qui ne fait que s’accentuer.
« Plus qu’un simple aléa climatique, la chaleur extrême agit comme un amplificateur de fragilités », prévient Celeste Saulo. Derrière cette formule, une réalité brutale : les cultures, les élevages et les écosystèmes encaissent de plein fouet un stress thermique croissant.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec un réchauffement de 2 °C, l’intensité des épisodes de chaleur extrême double. À 3 °C, elle quadruple. Et dès 30 °C, les rendements agricoles chutent pour la plupart des grandes cultures, parfois même avant, comme pour la pomme de terre ou l’orge.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Au printemps 2025, au Kirghizistan, une vague de chaleur anormale a fait plonger les récoltes de céréales de 25 %. En cause : un enchaînement d’effets, stress thermique, invasion de criquets, évaporation accélérée, pénurie d’eau. Un scénario qui tend à devenir la norme.
Même constat côté élevage. Au-delà de 25 °C, les animaux commencent à souffrir. Les porcs et les volailles, incapables de transpirer, sont particulièrement vulnérables. Résultat : baisse de productivité, hausse de la mortalité, pertes économiques.
Pour Qu Dongyu, le diagnostic est clair : « la chaleur extrême est un multiplicateur de risques majeur ». Elle alimente notamment des sécheresses soudaines, en asséchant rapidement les sols. Des épisodes dévastateurs ont déjà marqué plusieurs régions du monde, des États-Unis au Brésil, où les rendements de soja ont chuté de près de 20 %.
Mais l’impact le plus préoccupant reste humain. Dans certaines régions d’Asie du Sud, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine, jusqu’à 250 jours par an pourraient devenir impropres au travail en extérieur. Pour les travailleurs agricoles, cela signifie moins de revenus, ou un risque vital accru.
Face à cette spirale, les solutions existent, mais elles demandent des moyens et une volonté politique. Adapter les cultures, modifier les calendriers agricoles, améliorer les pratiques : autant de pistes évoquées. Mais les experts insistent : sans accès à l’information, à la formation et aux ressources, notamment dans les pays les plus vulnérables, ces solutions resteront hors de portée.
L’enjeu dépasse désormais l’agriculture. Il touche à la sécurité alimentaire mondiale, à la stabilité économique et à la survie de millions de personnes. Le message des agences onusiennes est sans détour : renforcer la résilience ne suffira pas sans une coopération internationale renforcée et une transition rapide vers des économies à faibles émissions.
Car sous cette chaleur qui monte, c’est tout un équilibre qui vacille.
