ONU/Mitsugu Kishida Hiroshima, peu après le largage par les États-Unis d'une bombe nucléaire sur la ville japonaise, en août 1945.
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Le 6 août 1945, Hiroshima entrait dans l’histoire sous le souffle de la première bombe atomique utilisée contre une population civile. Quatre-vingt-un ans plus tard, alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les dépenses militaires atteignent des records, les Nations Unies avertissent : le monde s’éloigne dangereusement de la promesse d’un avenir sans armes nucléaires.
Hiroshima, une blessure qui ne s’est jamais refermée
À 8 h 15, le 6 août 1945, une explosion d’une puissance inédite pulvérise Hiroshima. En quelques secondes, la ville japonaise est réduite en cendres. Des dizaines de milliers de personnes périssent sur-le-champ. Trois jours plus tard, Nagasaki subit le même sort. Au total, près de 120 000 personnes meurent immédiatement sous l’effet des deux bombes atomiques. Des dizaines de milliers d’autres succomberont dans les mois et les années suivantes à cause des brûlures et des radiations. Aujourd’hui encore, quelque 650 000 survivants, les hibakusha, portent le témoignage vivant de cette tragédie. À l’occasion du 81ᵉ anniversaire du bombardement d’Hiroshima, les Nations Unies ont rappelé que cette catastrophe demeure un avertissement adressé à toute l’humanité. « Hiroshima est un symbole de résilience, de renouveau et d’espoir », a déclaré Izumi Nakamitsu, Haute-Représentante de l’ONU pour les affaires de désarmement, dans un message prononcé au nom du Secrétaire général António Guterres. « Même après les heures les plus sombres, nous pouvons choisir un autre avenir. »
L’ONU inquiète d’un retour de la menace nucléaire
Mais derrière l’hommage aux victimes se cache une profonde inquiétude. Selon l’ONU, les tensions internationales, la multiplication des rivalités stratégiques et la perte de confiance entre les États fragilisent les mécanismes qui ont jusqu’ici permis d’éviter une nouvelle catastrophe nucléaire. La dynamique de réduction des arsenaux nucléaires marque le pas, tandis que la norme internationale interdisant les essais nucléaires s’affaiblit. Dans le même temps, les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau historique de 2 900 milliards de dollars en 2025. « La menace nucléaire est de nouveau brandie comme un instrument de puissance et de coercition », a déploré Izumi Nakamitsu. Un constat d’autant plus préoccupant que l’Organisation des Nations Unies avait fait de l’élimination des armes nucléaires l’une de ses toutes premières priorités dès 1946, à travers la première résolution adoptée par son Assemblée générale.
Une promesse de désarmement toujours inachevée
Pour les Nations Unies, l’objectif d’un monde débarrassé des armes nucléaires reste atteignable, malgré les reculs observés ces dernières années. La responsable onusienne estime que la sécurité internationale ne peut reposer sur la peur ou l’équilibre de la terreur, mais sur le dialogue, la coopération, le respect du droit international et le renforcement des mécanismes de désarmement. Elle appelle les puissances nucléaires à réduire les risques, restaurer la confiance et reprendre le chemin du désarmement complet.
L’ONU exhorte également les États à abandonner la logique selon laquelle l’arme nucléaire constituerait la meilleure garantie de sécurité, rappelant qu’elle représente au contraire une menace existentielle pour l’humanité.

8 h 15 : l’instant où le monde est entré dans l’ère nucléaire
Parmi les vestiges conservés à Hiroshima figure une montre-bracelet retrouvée dans les décombres. Ses aiguilles sont figées à 8 h 15, l’heure exacte où la bombe a explosé. Ce simple objet est devenu le symbole d’un instant où l’histoire de l’humanité a basculé. Depuis huit décennies, les photographies, les témoignages des hibakusha et les commémorations rappellent une même évidence : la mémoire d’Hiroshima ne relève pas uniquement du passé. Elle constitue un avertissement permanent face aux risques d’un monde où l’arme nucléaire redevient un outil de pression géopolitique. À 81 ans de cette tragédie, le message de l’ONU est sans ambiguïté : choisir le dialogue plutôt que la confrontation reste la seule voie pour empêcher que l’histoire ne se répète.
