UNICEF/ Andrew Esiebo Une femme allaite son bébé lors d'une visite de soins postnatals à Ibadan, au Nigéria.
Par Hamdou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
A l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) saluent une progression encourageante de l’allaitement exclusif dans le monde. Mais derrière ces chiffres positifs se cache une réalité plus préoccupante : des millions de femmes continuent de manquer d’un accompagnement essentiel pour nourrir leur enfant dans les meilleures conditions. Les deux agences de l’ONU appellent les gouvernements à transformer ces avancées en un droit effectif pour toutes les mères.
Des avancées encourageantes, mais encore insuffisantes
Le monde avance, mais pas assez vite. En un peu plus d’une décennie, la proportion de nourrissons exclusivement allaités durant leurs six premiers mois de vie est passée d’environ 37 % en 2012 à plus de 47 % aujourd’hui. Une progression significative qui témoigne des efforts consentis par de nombreux pays.
Autre signal positif : la part des enfants allaités jusqu’à l’âge de deux ans est passée de 38 % à 50 % au cours des cinq dernières années, preuve que les investissements dans les politiques publiques en faveur de la maternité commencent à produire des résultats. « Ces progrès montrent que des investissements soutenus dans les politiques et les programmes en faveur des mères et des familles portent leurs fruits », soulignent la Directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, et le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans une déclaration conjointe.
Un geste simple qui sauve des vies
Pour les deux responsables onusiens, l’allaitement maternel demeure l’un des moyens les plus efficaces pour protéger la santé des enfants. Le lait maternel fournit tous les nutriments indispensables au nourrisson, renforce son système immunitaire, réduit les risques de maladies graves et favorise le développement du cerveau. Les bénéfices concernent également les mères, chez qui l’allaitement diminue le risque de cancer du sein, de cancer de l’ovaire ainsi que de diabète de type 2. « L’allaitement est l’un des moyens les plus simples et les plus puissants de protéger la santé d’un enfant », rappellent-ils.
Des inégalités qui freinent les objectifs mondiaux
Malgré ces progrès, les deux agences estiment que les avancées demeurent beaucoup trop inégales. Dans de nombreux pays, particulièrement ceux à faible revenu ou confrontés à des crises humanitaires, les services d’accompagnement restent insuffisants. Les politiques de protection de la maternité sont souvent mal appliquées et les mères manquent encore d’un soutien professionnel ou communautaire au moment où elles en ont le plus besoin. Le résultat est que les objectifs mondiaux en matière d’allaitement restent hors de portée dans plusieurs régions du monde.
Un investissement rentable pour la santé et l’économie
Pour l’UNICEF et l’OMS, les solutions sont connues et leur efficacité est largement démontrée. Il s’agit notamment de renforcer l’accompagnement par des professionnels de santé qualifiés, développer les services de conseil communautaire, protéger les droits des mères au travail, garantir un congé maternité rémunéré et faire respecter le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel.
Les bénéfices dépassent largement le seul domaine sanitaire. Selon les estimations des deux organisations, un renforcement de l’allaitement pourrait prévenir près de 400 000 décès d’enfants et environ 140 000 décès maternels chaque année. Sur le plan économique, les retombées sont tout aussi impressionnantes : chaque dollar investi dans la promotion de l’allaitement pourrait générer en moyenne 59 dollars de bénéfices, grâce à la réduction des dépenses de santé, à l’amélioration des capacités cognitives des enfants, à de meilleurs parcours scolaires et à une hausse des revenus tout au long de la vie.
Un appel à renforcer les systèmes de santé
Placée cette année sous le thème « L’allaitement pour un départ durable dans la vie : renforcer ce qui fonctionne », la Semaine mondiale de l’allaitement maternel est l’occasion pour l’UNICEF et l’OMS d’interpeller les gouvernements. Les deux agences demandent de consolider les systèmes de santé afin d’assurer un accompagnement de qualité aux mères et aux nouveau-nés, d’étendre les réseaux de soutien communautaire, d’intégrer systématiquement l’appui à l’allaitement dans les soins prénataux, périnataux et postnataux, ainsi que de maintenir ces services dans les zones touchées par les crises humanitaires. Pour Catherine Russell et Tedros Adhanom Ghebreyesus, investir dans l’allaitement maternel, c’est investir dans la survie des enfants, la santé des femmes et le développement durable des sociétés. Un choix de santé publique dont les bénéfices se mesureront pendant plusieurs générations.
*L’OMS et l’UNICEF recommandent de mettre le bébé au sein dans l’heure qui suit la naissance, de pratiquer un allaitement exclusif pendant les six premiers mois (sans autre aliment ni boisson, pas même de l’eau), puis d’introduire des aliments complémentaires sûrs et adaptés à partir de 6 mois, tout en poursuivant l’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans ou au-delà.
