Photo de Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
Hamidou TRAORE
Dans un contexte international marqué par de vives tensions au Moyen-Orient et des perturbations majeures du commerce pétrolier, TotalEnergies affiche des résultats spectaculaires. Au premier trimestre 2026, le groupe enregistre 5,8 milliards de dollars de bénéfices, soit une hausse de 51 % par rapport à la même période en 2025. Une performance financière qui intervient alors même que la fermeture du détroit d’Ormuz désorganise les flux énergétiques mondiaux et fait grimper les prix du brut.
TotalEnergies, profiteur de guerre ?
Pour les ONG environnementales, ces résultats ne sont pas seulement impressionnants : ils sont profondément problématiques. Greenpeace France dénonce une mécanique bien rodée, où les crises géopolitiques deviennent des leviers de profit pour les géants du pétrole. L’envolée des prix de l’énergie, alimentée par l’instabilité internationale, permet à ces entreprises de maximiser leurs marges, tandis que les consommateurs subissent de plein fouet la hausse des coûts à la pompe.
Dans le même temps, les actionnaires du groupe ont vu leur richesse bondir de 55,4 milliards d’euros grâce à la hausse du cours de l’action. Le PDG, Patrick Pouyanné, aurait lui-même bénéficié d’un enrichissement estimé à près de 15 millions d’euros sur la période.

Une indignation croissante face aux « profits indécents »
Pour Sarah Roussel, chargée de campagne Énergies fossiles à Greenpeace France, la situation est claire : ces bénéfices record constituent des « profits de guerre indécents ». Elle souligne que derrière ces chiffres se cache une réalité sociale bien plus sombre : des millions de ménages confrontés à une explosion de leurs factures énergétiques.
Cette indignation s’inscrit dans une critique plus large du modèle économique des entreprises pétrolières, accusées de tirer profit des crises tout en contribuant au dérèglement climatique.
Taxer les superprofits pour protéger les ménages
Face à cette situation, Greenpeace France appelle à une réponse politique forte. L’ONG plaide pour la mise en place de taxes permanentes sur les profits des entreprises pétrolières et gazières. L’objectif : redistribuer une partie de ces gains pour soutenir les ménages les plus vulnérables et financer la transition énergétique.
Plusieurs pays européens ont déjà amorcé des réflexions en ce sens, mais les ONG estiment que les mesures restent insuffisantes. Elles appellent également à une coordination internationale, notamment dans le cadre des négociations en cours autour d’une convention fiscale des Nations unies. Cette dernière pourrait instaurer une taxation globale des multinationales là où elles génèrent réellement leurs profits.
Une dépendance énergétique de plus en plus risquée
Au-delà de la question fiscale, cette séquence met en lumière la dépendance persistante des économies aux énergies fossiles. Une dépendance qui expose les États et les populations aux chocs géopolitiques et à la volatilité des prix.
Alors que la Conférence de Santa Marta, en Colombie, tente de poser les bases d’une sortie progressive des énergies fossiles, les ONG appellent à des engagements concrets. Pour elles, seule une transition rapide vers les énergies renouvelables, combinée à des politiques de sobriété et d’efficacité énergétique, permettra de sortir de ce cycle de crises et de profits controversés.
Une pression croissante sur les gouvernements
Dans ce contexte, la pression monte sur les gouvernements, notamment en France, pour qu’ils agissent plus fermement. Entre impératifs économiques, justice sociale et urgence climatique, les décisions à venir pourraient redéfinir en profondeur les règles du jeu pour les géants de l’énergie.
Le débat sur les « profits de guerre » ne fait que commencer, mais il révèle déjà une fracture croissante entre performances financières des multinationales et réalité quotidienne des citoyens.
