© UNOCHA/Giles Clarke Une fillette de trois ans est prise en charge pour une malnutrition aiguë sévère dans un hôpital de Tawila, dans la région du Darfour au Soudan.
Par Hamidou TRAORE
La faim ne recule pas, elle s’aggrave. Pour la septième année consécutive, les crises alimentaires et la malnutrition se maintiennent à des niveaux alarmants en 2025, révélant une réalité infernale : la faim aiguë a doublé en une décennie et se concentre désormais dans un nombre très limité de pays.
Selon le Réseau mondial contre les crises alimentaires, dix États, Afghanistan, Bangladesh, République démocratique du Congo, Myanmar, Nigéria, Pakistan, Soudan du Sud, Soudan, Syrie et Yémen, regroupent à eux seuls les deux tiers des personnes en situation de faim aiguë. Parmi eux, l’Afghanistan, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen font face aux crises les plus sévères, tant par leur ampleur que par leur intensité.
Des famines inédites sur fond de conflits
Fait inédit, deux famines ont été officiellement déclarées en 2025, notamment à Gaza et dans certaines régions du Soudan. Une première dans l’histoire de ce rapport piloté par un consortium réunissant l’ONU, l’Union européenne et plusieurs ONG. « Les conflits restent la principale cause de l’insécurité alimentaire aiguë », alerte le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pointant une situation « sans précédent ».
266 millions de personnes en insécurité alimentaire
Au total, 266 millions de personnes, réparties dans 47 pays, ont souffert d’insécurité alimentaire aiguë l’an dernier, soit près d’un quart de la population étudiée. Un chiffre en légère hausse par rapport à 2024, mais surtout presque deux fois supérieur à celui de 2016. Plus inquiétant encore : le nombre de personnes confrontées à une faim catastrophique, le niveau le plus extrême, a été multiplié par neuf sur la même période.

Les enfants en première ligne
Les enfants paient le prix le plus lourd. En 2025, 35,5 millions d’entre eux ont été touchés par la malnutrition aiguë, dont près de 10 millions sous une forme sévère. Dans des zones comme Gaza, le Myanmar, le Soudan du Sud ou le Soudan, la combinaison des conflits, des déplacements forcés et de l’effondrement des services essentiels alimente des niveaux extrêmes de malnutrition et un risque élevé de mortalité.
Un échec politique mondial
Au-delà des chiffres, c’est un échec politique que dénoncent les responsables internationaux. « Il ne s’agit pas d’un manque de nourriture, mais d’un manque de volonté », tranche Catherine Russell, directrice de l’UNICEF. Dans un monde capable de produire en abondance, la persistance de la faim apparaît comme une faillite collective.
Des perspectives sombres pour 2026
Les perspectives pour 2026 restent sombres. Conflits persistants, chocs climatiques et incertitudes économiques mondiales devraient continuer d’alimenter la crise. L’escalade des tensions au Moyen-Orient pourrait encore aggraver la situation, en perturbant les marchés agricoles et en provoquant de nouveaux déplacements de population.
Des financements en chute libre
Dans ce contexte, la baisse des financements humanitaires, retombés à leur plus bas niveau depuis près de dix ans, inquiète particulièrement. Moins de ressources signifie moins de capacité d’intervention, alors même que les besoins explosent.
Un appel urgent à l’action
Face à l’urgence, l’ONU et l’Union européenne appellent à un sursaut : investir dans des systèmes agricoles résilients, renforcer les dispositifs d’alerte et garantir un accès humanitaire sans entrave. Car sans action politique forte, préviennent-elles, la faim continuera de progresser, et avec elle, le risque de nouvelles famines.
