Crédit photo: MSF/Seigneur Yves Wilikoesse/Cours d'eau qui s'assèche plongeant les populations dans un effroyable stress hydrique permanent
Par Hamidou TRAORE; tr.hamidou@gmail.com
Le réchauffement climatique aggrave la crise de l’eau au Burkina Faso, un pays enclavé où la baisse de la pluviométrie depuis les années 70 réduit les ressources hydriques de surface et souterraines. En réponse, l’État a construit des milliers de retenues d’eau et de grands barrages pour soutenir l’agriculture, qui représente plus de 90 % de l’économie, mais ces efforts sont compromis par l’évapotranspiration due à la hausse des températures. Notre enquête révèle comment ce phénomène qui met le Burkina Faso en situation de péril hydrique, menace gravement les secteurs clés de l’économie du pays.
Malgré son âge avancé, avec un physique décharné, l’octogénaire Daogo (nom d’emprunt), pour sa survie, doit mobiliser quotidiennement tout ce qui lui reste comme énergie sénile pour sa reconversion de maraicher culture à colleur d’engins à deux roues. Depuis des lustres, il a connu comme activité principale la culture maraîchère autour du barrage de Voaga, situé à l’Est du village de Voaga, (dans le département de Dapelogo, dans la région du Plateau-Central), à environ 41 km de la capitale Ouagadougou.
L’assèchement avancé du barrage de Voaga est donc devenu son cauchemar. Il juge sa nouvelle activité de collage de pneus de pénible et largement désavantageuse pour lui assurer le train de vie qu’il avait quand il était encore maraîcher. Jadis, cette retenue d’eau constituait le pivot autour duquel l’essentiel des activités socio-économiques de la commune tournaient : culture maraîchère (activité de contre saison), abreuvement du bétail, activités de petite pêche, approvisionnement en eau de boisson, prélèvement d’eau pour les travaux publics ; lessive, etc.
C’est avec amertume que le vieux Daogo se souvient de ses moments glorieux avec le barrage. Si certains, comme lui, sont restés et se sont tournés vers d’autres activités en raison du manque d’eau et de l’interdiction d’occuper le lit du barrage, d’autres ont décidé de quitter la localité. En effet, nombre de jeunes, y compris les enfants et petits-enfants du vieux, dont l’activité était rattachée au barrage ont massivement quitté le village, voire la commune pour la capitale ou pour d’autres destinations plus généreuses en eau pour poursuivre leur activité ou pratiquer d’autres activités comme l’orpaillage dans d’autres localités du Burkina ou hors du pays. Le vieux cite trois de ses petits fils, Amado, Rachid et Razo, qui excellaient dans la production de tomates, choux, concombres, salades, etc qui se sont rendus en Guinée Conakry il y a de cela deux ans sans même informer préalablement les parents de s’y rendre. Le commerçant Lassané Ouedraogo ajoute que le village voire la commune se voit vidé de ses bras valides. Il connaît au moins 15 jeunes dont six de sa famille qui ont rejoint les sites d’orpaillages. Et ce qui le choque, c’est que la plupart de ceux qui partent sont encore adolescents dont le plus “âgé n’a pas 15 ans”.
La cause principale de l’assèchement du barrage de Voaga est attribuée au réchauffement climatique. Cette assertion est prouvée par une étude scientifique réalisée en décembre 2020 conduite sous le thème : « Variabilité climatique et stratégies endogènes de gestion des ressources en eau à Voaga dans la commune rurale de Dapelogo ». Elle a été conduite par deux universitaires, Sayouba Ilboudo, chercheur en science des ressources naturelles à l’Université Joseph Ki-Zerbo, (du Laboratoire d’Études et de Recherches sur les Milieux et Territoire, de l’Université Joseph KI-ZERBO), et Dapola Évariste Constant DA du Laboratoire Dynamique des Espaces et Sociétés, Université Joseph KI-ZERBO.
Dans leur démarche, ces chercheurs ont réalisé des enquêtes socio-économiques auprès d’un échantillon de 64 chefs de ménages choisis de façon « raisonnée ». Les résultats d’analyse affirment formellement que le réchauffement climatique est à la base de « la baisse de la qualité de l’eau, l’assèchement précoce des ressources hydriques, les conflits d’usage de l’eau et la baisse des rendements agricoles » dans la commune de Voaga. L’étude souligne par ailleurs que les paysans perçoivent « clairement la variabilité climatique à travers les paramètres météorologiques tels que la pluviométrie, la température et le vent ».
A Dori, dans la région du Sahel, à la psychose de la crise sécuritaire, s’ajoute le martyr de la rareté d’eau. Selon le journaliste Hama Hamidou Dicko, spécialisé sur des questions environnementales) et animateur de la chaîne WhatsApp Persévérance Environnementale, l’impact du dérèglement est principalement ressenti en matière d’eau. Selon lui, le problème d’eau est « très rudement ressenti. Même actuellement nous sommes obligés de veiller pour recueillir le peu d’eau qui tombe souvent dans les robinets, tard, très tard la nuit ». Il explique la raison de cette pénurie d’eau par l’assèchement du Grande Mare de Dori principale pourvoyeuse d’eau de la localité qui « tarit très vite après les dernières pluies ». Pour lui donc, la rarété des pluies combinées à l’assèchement des points d’eau fait que l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA) n’arrive pas à satisfaire sa clientèle à Dori et dans les autres villes de la Région du Sahel. Nous avons voulu en savoir plus avec l’ONEA notamment sur des chiffres. La direction de la communication nous a gentiment expliqué qu’à cause de la crise sécuritaire, la structure ne communique pas sur la situation et l’état des ressources en eau.
A propos de la grande mare, le directeur général de l’Agence de l’eau du Liptako, M. Constantin Nikièma, affirme qu’« avant, la mare de Dori faisait 26 millions de mètres cubes ; actuellement, nous sommes tristes de constater que c’est une plaine… Ce qui fait qu’actuellement, les populations souffrent, les bœufs n’arrivent plus à s’abreuver.» Il rappelle qu’« autrefois, la grande mare de Dori servait de zone de fourrage, à abreuver le bétail, aux activités domestiques et à la culture maraîchère. Elle joue un rôle économique important pour les habitants de cette localité. Malheureusement, celle qui jadis faisait la fierté de Dori est confrontée à des problématiques qui menacent sa disparition, au grand désarroi de la population. En effet, cette cuvette est malmenée par les changements climatiques, les actions anthropiques, qui contribuent à une part importante à son ensablement et à son envasement”. Comme autres conséquences selon Hama Dicko, “les maraîchers installés sur les berges de la Grande Mare de Dori en souffrent énormément. Les animaux n’ont plus à boire”. Il souligne que le manque d’eau a même alourdi les charges des foyers. “Il faut avoir de l’essence, beaucoup d’outils de transport et de conservation de l’eau. En plus le temps consacré à la recherche de l’eau s’est rallongé et obère sérieusement les emplois du temps” ajoute le journaliste. Nombres de ces personnes à l’instar de Voaga ont soit changé d’activité, soit ont migré en ville ou ailleurs là où ils peuvent poursuivre leur activité de maraîcher culteur. Parmi cette catégorie de migrant il y a Inoussa Belem qui fait du commerce de vêtement second main à Ouagadougou. Inoussa affirme connaitre nombres de personnes qui ont fait comme lui en abandonnant “le travail de la terre car la rareté de l’eau leur posait énormément de problème au point où les menaces de mort suite à disputes pour l’eau entre maraîchers rendant l’activité impraticable”. Il assure que sa nouvelle occupation ne lui permet pas d’avoir ce qu’il gagnait quand il était maraîcher, mais au moins il a la paix. Dans une étude intitulée « Variabilité Spatio-temporelle de la Pluviométrie dans les Zones Climatiques du Burkina Faso: Cas de Bobo –dioulasso, Ouagadougou et Dori » publié en mars 2023 dont les auteurs sont deux universitaires Bienvenue Lawankiléa Chantal Noumpoa Karambiri, de l’Institut National des Sciences et des Sociales, Burkina Faso et Raogo Noël Gansaonre du Centre universitaire de Gaoua, si les résultats montrent que la pluviométrie a connu une régression depuis 1921 dans les trois localités, elle précise, cependant qu’à Dori, la « sécheresse est plus fréquente et rude » à cause de la rareté des précipitations.
Pour Wendgouda Priva Kabré, responsable des activités eau et habitat du CICR, la situation dans cette partie du Burkina qui est désormais prise “en étau entre la violence armée et un problème grave d’accès à l’eau devient intenable”. Il constate que « les zones agricoles qui restaient humides pendant six mois s’assèchent désormais au bout de trois mois. Les pluies sont maintenant aléatoires, venant trop tôt, ou trop tard, et créent beaucoup d’incertitude pour les agriculteurs ». « Aujourd’hui, pour aller puiser de l’eau, il faut souvent parcourir plusieurs kilomètres, pour ensuite faire la queue pendant des heures avant de remplir ses bidons. Le trajet peut s’avérer dangereux. La corvée d’eau incombe généralement aux femmes et aux filles, qui sont ainsi obligées de délaisser leurs activités génératrices de revenus et réduire le temps alloué à la vie de famille », ajoute le responsable des activités eau et habitat du CICR. Dans la foulée, il poursuit pour dire qu’il est inquiétant de constater que les régions les plus touchées par la crise de l’eau sont aussi celles qui font face à la violence armée. “La question de l’eau se pose pratiquement partout où nous intervenons. Celle-ci est au cœur des préoccupations et de notre réponse humanitaire” affirme l’agent humanitaire. Il relève que face à la rareté de l’eau et la forte demande, des “tensions autour des points d’eau sont devenues récurrentes. Pour ce qui de la pratique de l’agriculture, l’agent du CICR fait un constat: “Aujourd’hui, se lancer dans une production agricole traditionnelle est illusoire. Les jeunes générations ne voient pas de futur à gratter le sol pour des rendements très marginaux”.

La région du Sahel a comme activité principale l’élevage (bovin, ovins, caprins, chameau, etc) qui occupe le troisième rang des produits d’exportation du Burkina avec une valeur de 26% et contribue à 18% du PIB, selon la Revue titrée : La digitalisation de la filière élevage au Burkina Faso : défis, enjeux et perspectives, publiée le 12 février 2023. M. Priva Kabré pense que cette filière est menacée car « les pâturages disparaissent sous la pression conjuguée de la hausse des températures, l’assèchement des points et cours d’eau… La présence de bandes armées sur les chemins de transhumance traditionnels a rendu certains pâturages inaccessibles ». L’Unicef donne des chiffres relatifs à la hausse de température dans la région. En effet, dans son rapport publié le 22 mars 2022 intitulé « Impact de la crise sécuritaire sur l’accès à l’eau au Burkina Faso », l’institution indique que la température de la région est souventes fois « très élevées (40°-43°C en période chaude) » et exposent les populations à un risque de « déshydratation ».
Le réchauffement climatique entraîne un problème d’eau
Dans un article de la division Eau de l’ONU (ONU-EAU), intitulé « L’eau – au cœur de la crise climatique » publié sur son site, www.unwater.org , l’institution onusienne fait un constat sans équivoque : « L’eau et le changement climatique sont inextricablement liés. Les phénomènes météorologiques extrêmes rendent l’eau plus rare, plus imprévisible, plus polluée, voire les trois à la fois. Ces impacts, tout au long du cycle de l’eau, menacent le développement durable, la biodiversité et l’accès des populations à l’eau et à l’assainissement ». Dans une certaine constance, déjà en 2010 la même institution affirmait : « L’eau est le premier intermédiaire par lequel le changement climatique impacte les écosystèmes terrestres, ainsi que le mode de vie et le bien-être de nos sociétés ». Dans la même logique, l’économiste britannique Nicholas Stern, reconnu pour son travail remarquable sur l’économie du changement climatique disait lors d’une audition devant une Commission du Sénat des États-Unis consacrée aux coûts de l’inaction face au changement climatique, le 19 novembre 2008 que le « changement climatique s’exprime en hausse de température et se traduit en problème d’eau ».
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2020 intitulé : « L’eau et les changements climatiques » établit clairement le lien entre les changements climatiques et la raréfaction des ressources en eau. Selon ce rapport, les dérèglements climatiques « ont des effets considérables sur les ressources mondiales en eau, et c’est principalement à travers les problèmes liés à l’eau que l’on ressent les impacts du réchauffement de la planète. L’eau est le principal intermédiaire par lequel nous ressentons les impacts des changements climatiques. Ces changements influencent directement la disponibilité, la qualité et la quantité de l’eau nécessaire pour répondre aux besoins humains de base ». Sur le site internet officiel du gouvernement burkinabè relatif à l’eau EauBurkina.org, une bande annonce indique que « Le changement climatique réduit les réserves d’eau, entraînant des sécheresses plus fréquentes ».
Pour savoir comment la crise climatique impacte la disponibilité en eau, nous avons fait recours au Dr Aïda Diongue Niang, expert du GIEC. Elle reconnaît d’emblée que les gaz à effet de serre (GES) qui sont à la base du réchauffement climatique influencent fondamentalement le cycle de l’eau, en ce sens qu’ils piègent la chaleur dans l’atmosphère. Ce qui provoque un réchauffement global avec un impact direct sur le cycle de l’eau traduit par une augmentation de l’évaporation.
En plus, les régimes de précipitations sont modifiés et elles deviennent plus irrégulières (c’est-à-dire saisons plus courtes, précipitations soudaines), plus intenses dans certaines zones provoquant des inondations, plus rares dans d’autres (sécheresses prolongées). Résultat ? L’eau devient plus difficile à stocker ou capter, malgré sa présence globale.
La situation de stress hydrique du Burkina s’aggrave

Les conditions hydrogéologiques et la topographie du Burkina font que la majeure partie des précipitations reçues sont très rapidement évacuées vers les pays voisins. C’est cette idée que l’expert hydrologue sénégalais Boubacar Barry, pétri d’une expérience de plus de 50 ans sur les ressources en eau douce transfrontalières de l’Afrique, traduit en qualifiant le Burkina Faso de « cuvette à soupe renversée ».
Dans la même logique, Pascal Nakohoun, ancien directeur des études et information sur l’eau, du ministère de l’eau confirme que le Burkina bénéficie grâce à la pluie d’« environ 200 milliards de m³ d’eau sous forme de pluie », mais « nous ne retenons même pas plus de 10 milliards ». En effet, l’essentiel de la ressource coule vers les pays voisins notamment la Ghana et la Côte d’Ivoire. Dans son rapport intitulé « Changement climatique et sécurité de l’eau au Burkina et au Niger » publié en Juillet 2021, l’ONG WaterAid qualifie le Burkina de « pays en stress hydrique ». Le critère utilisé pour estampiller le Burkina de ce qualificatif est le fait que la disponibilité en eau par an et par habitant au Burkina est de 690 m3, selon cette organisation. Selon elle, le seuil est à 1.000 m3/an/personne.
Sur son site internet (www.cieau.com), le Centre d’Information sur l’eau signale que le stress hydrique est également appelé « pénurie d’eau », voire « rareté de l’eau » dans les cas les plus extrêmes, le stress hydrique est une situation critique qui surgit lorsque les ressources en eau disponibles sont inférieures à la demande en eau.
En termes de pauvreté en matière d’eau, l’ONG Wateraid indique dans son étude “Changement climatique et la sécurité de l’eau au Burkina et au Niger” que « Dans l’espace UEMOA, le Burkina est le pays le moins pourvu en eau douce renouvelable avec 690 m3 per capita, ce qui le place en situation de pénurie hydrique (le seuil est à 1.000 m3/an/personne) ». Le réchauffement climatique vient donc aggraver la situation de pauvreté hydrique du pays en occasionnant une baisse généralisée de la pluviométrie qui est la principale pour ne pas dire l’exclusive pourvoyeuse en eau du pays.
Une baisse tendancielle de la pluviométrie depuis plus de 50 ans
L’étude de WaterAid souligne que “la pluviométrie au Burkina Faso a connu une tendance à la baisse de l’indice sur le nombre de jours de pluie. Une tendance à la hausse du nombre de jours consécutifs sans pluie (46 à 57 jours) par décennie dans les localités de Dédougou, Farakoba et Ouahigouya est également constatée. La tendance des précipitations est à la baisse dans les stations météorologiques de référence de Dori (zone sahélienne), de Ouagadougou (zone soudanosahélienne) et de Bobo-Dioulasso (zone soudanienne) sur la période 1960-2011”. L’hydrologue, Fulgence T. KI fait un lien entre cette baisse de la pluviométrie et le changement climatique: « le Burkina subit des fluctuations climatiques importantes, exacerbées par le phénomène des Changements climatiques dû aux activités anthropiques. Cette situation se traduit par un amenuisement des ressources en eau en quantité en raison de la baisse tendancielle de la pluviométrie, de la réduction des écoulements de surface et du déficit de la recharge de la nappe ». Dans une étude sur les ressources en eau du Burkina qu’il a réalisée en 2017, le docteur Fulgence T. Ki indique fait le même constat que l’ONG WaterAid avec des chiffres plus récents dans les trois zones climatiques du Burkina. Il relève que « la tendance des précipitations est à la baisse dans les stations météorologiques de référence de Dori (zone sahélienne), de Ouagadougou (zone soudano-sahélienne) et de Bobo Dioulasso (zone soudanienne) sur la période 1960-2016 ». Des données plus récentes sont fournies par le document de Synthèse du suivi des ressources en eau publié en octobre 2020 qui fait l’analyse de l’évolution « historique des ressources en eau » au niveau des quatre bassins versants nationaux dont dépend le réseau hydrique du Burkina. Parmi les paramètres analysés, il y a la pluviométrie principale nourricière de ces cours d’eau. Au niveau du bassin de la Comoé qui couvre une superficie de 17 620 km2 soit 6,4 % de la surface du territoire national, sur la période « de 1960 à 2019, il est constaté « une tendance à la baisse du cumul pluviométrique annuel et du nombre de jours de pluie par an ». Comme conséquence, le document indique que « Cette situation a pour conséquence le faible taux de remplissage des retenues d’eau, la baisse de la recharge des nappes et la réduction des débits environnementaux devant assurer la survie de la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes du bassin ». Concernant la pluie, il est « observé une grande variabilité dans la répartition des pluies et une tendance à la baisse ».
Pour ce qui est du Bassin du Mouhoun « l’évolution des pluies annuelles est marquée par une baisse depuis les années 1955 » jusqu’en 2019. La période 1955-2019 ayant fait l’objet d’observations.
Quant au Bassin du Nakanbé, le bassin le plus peuplé du pays avec un nombre important d’ouvrages hydrauliques et d’unités industrielles, qui couvre environ 30 % du territoire avec une superficie de 81 932 Km², il est « observé une grande variabilité dans la répartition des pluies et une très légère tendance à la hausse » de 1963 à 2019.
Le bassin du Niger a fait l’objet d’une observation sur la période de 1970-2019. Il a été « observé une grande variabilité dans la répartition des pluies et une légère tendance à la hausse ». Cependant, l’évaporation est « importante sur le bassin, elle atteint 3 795 mm par an… ».
Selon l’article des chercheurs KARAMBIRI Bienvenue Lawankiléa et Chantal Noumpoa (l’Institut National des Sciences et des Sociales) et GANSAONRE Raogo Noël du Centre universitaire de Gaoua intitulé « Dynamique de la pluviométrie en zone sahélienne et Sud-soudanienne du Burkina Faso » et publié 20 août 2023 sur le Faso.net, montre que “l’évolution de la pluviométrie dans la zone sahélienne a connu d’importante variation depuis les années de sécheresse. Cette zone a été considérée par de nombreux auteurs comme la plus affectée par les variations climatiques de ce siècle…Les données de pluie de 1921 à 2018 de la station synoptique de Dori et de Bobo Dioulasso ont été utilisé. Les résultats montrent que la pluviométrie a connu une régression depuis 1921 dans les deux localités, mais avec une forte tendance à la baisse à Bobo-Dioulasso. Cependant à Dori la sécheresse est fréquente et rude, puisqu’on y enregistre deux années extrêmement sèches (1926 et 1987) ».
Même le futur reste alarmant. Les projections de l’étude de l’ONG WaterAid sur le “Le changement climatique et la sécurité de l’eau au Burkina et au Niger” prévoient une « augmentation des températures moyennes de 0,8°C d’ici 2025 et de 1,7°C d’ici 2050 et une baisse des précipitations de -3,4% en 2025 et -7,3% en 2050 ». Et cette étude tire les conséquences globales selon lesquelles, la baisse tendancielle des précipitations aura pour le « Burkina-Faso des impacts très importants…sur les secteurs économiques majeurs tels que l’agriculture, les ressources en eau, l’élevage et la foresterie avec des conséquences socio-économiques, sanitaires et psychologiques très considérables sur les groupes vulnérables ».

Le phénomène de l’évapotranspiration entraine une perte considérable d’eau
L’évapotranspiration, également connue sous le terme transpiration de l’eau, est le processus par lequel l’eau est transférée vers l’atmosphère à partir de la terre sous l’effet de la chaleur. Les spécialistes affirment qu’elle fait perdre énormément de quantité d’eau au Burkina sous l’effet des fortes chaleurs provoquées par le réchauffement climatique. Selon l’hydrologue Ki Fulgence, l’évaporation est « l’un des problèmes majeurs au niveau de la mobilisation des eaux de surface ». Il précise que cette « perte atteint les plus fortes valeurs (10 mm/jour) aux mois de mars et d’avril soit plus de 2m/an ». Pendant que la plupart des scénarii parlent de baisse de la pluviométrie, le Plan national d’adaptation aux changements climatiques (PNA) du Burkina Faso (2024-2028) parle d’une augmentation prévue des précipitations dans le pays. Mais très vite le même document affirme qu’une « diminution nette de la disponibilité de l’eau est prévue en raison de l’augmentation de l’évapotranspiration ». Le même document précise qu’« actuellement l’évaporation fait perdre au Burkina plus de 60% de l’eau retenue dans les barrages ». La partie sahélienne qui est considérée comme la partie la plus chaude du pays perd jusqu’à « 80 % » de ses eaux de surface. Comme conséquences, le Plan note que cette « augmentation pourrait entraîner une baisse de l’humidité des sols et des sécheresses agricoles plus fréquentes et plus graves. En outre, la disponibilité réduite de l’eau pourrait affecter les cultures de contre-saison dans les années à venir et aura de graves répercussions sur la gestion de l’eau de consommation et pour l’irrigation ». Le même document prévoit que « l’évapotranspiration du pays devrait augmenter d’au moins 5 % ».
En plus, une étude publiée en octobre 2019 par Climate Analytics intitulée « Etude de l’impact des changements climatiques futurs sur les ressources en eau au Burkina Faso » rapporte que « le Burkina Faso,.. enregistre une quantité limitée de précipitations reçues et une forte évapotranspiration potentielle en raison des températures élevées, ce qui en fait un pays sujet à la rareté des ressources en eau et donc physiquement vulnérable aux variations climatiques ». Cette étude prévoit une « augmentation du taux d’évaporation dans la plupart des zones du pays en dépit de l’augmentation continue des températures suggérant la limitation de l’eau disponible pour alimenter la plus forte demande en évapotranspiration vers la fin du 21ème siècle ». Un document de « Communication sur l’adaptation aux changements climatiques du Burkina Faso Gouvernement du Burkina Faso » du ministère de l’environnement de 2021 indique qu’« Actuellement, l’évaporation fait perdre plus de 60 % de l’eau retenue dans les barrages, ce qui présente un risque pour l’activité de pisciculture, de sylviculture et d’élevage faunique ». Evoquant l’importance des barrages sur lesquels le Burkina a fondé sa stratégie de sécurisation de l’eau, le “Document Cadre d’entretien et de sécurité des barrages” de Décembre 2021 atteste que “les barrages constituent des vecteurs indispensables à l’essor socioéconomique des populations, surtout dans un contexte de changement climatique caractérisé par la variabilité des hauteurs de précipitations”. Dans la foulée, il convient que “Le remplissage, la viabilité et la sécurité des barrages est essentiellement tributaire à la pluviométrie, qui elle est fortement soumise aux effets des aléas du climat. Ces risques se manifestent par les inondations, les vents violents, les sécheresses, les variations de température, la variabilité pluviométrique, etc. Ils ont pour conséquence une baisse du taux de remplissage des barrages, de la stabilité de la structure physique du barrage, de la production et de la biodiversité. Ce qui pourrait annihiler les efforts de développement des infrastructures hydrauliques”.
Déjà, plusieurs retenues d’eau connaissent un assèchement. Sur cette question, l’hydrologue Fulgence Ki confie que : « sur les 1.794 retenues d’eau de surface, seulement 25% étaient pérennes ». Il argue qu’elles sont victimes entre autres des aléas climatiques notamment l’évaporation qui entraîne leur tarissement.
La baisse de la pluviométrie conjuguée à la forte évapotranspiration aggrave la situation de sécheresse et de désertification que le l’universitaire Amidou Garané identifie comme le « premier défi environnemental auquel est confronté le Burkina Faso ».
Plus de 141 milliards (250 millions de dollars) pour accroître la pluviométrie
Le gouvernement burkinabè a lancé l’opération « Saaga » en 1999 pour parer la rareté des pluies. C’est une opération qui consistait en une modification artificielle du temps par l’ensemencement des nuages pour accroître la pluviométrie. Selon un article publié le 12 juillet 2002 sur le site internet de RFI, par son correspondant à cette époque, Alpha Barry, cette opération a été financée à hauteur de 250 millions de dollars soit plus de 141 milliards de F CFA. Les pays donateurs étaient la France, le Danemark, les Pays-bas et la Chine Taiwan.
A l’époque de la mise en œuvre du programme, son coordinateur, le colonel Abraham Traoré saisissait toutes les occasions pour vanter les prouesses de cette technologie et les résultats engrangés. Ainsi, dans une interview réalisée par Alain Saint Robespierre de L’Observateur Paalga avec le colonel Abraham Traoré et publié sur le site du Faso.net vendredi 28 décembre 2007, le journaliste posait la question à ce dernier pour savoir, « en termes de ratio, quelle part ont pris les pluies provoquées dans la pluviométrie d’ensemble enregistrée depuis le lancement du programme « SAAGA » ? ». Après une longue tirade, le colonel répond en ces termes « Revenant à votre question, je dirais que sur la base de statistiques sommaires au niveau des interventions aériennes, on se rend compte que nous obtenons une augmentation de près de 80 à 85% en aval par rapport aux axes d’intervention. Pour ce qui est des générateurs, c’est une augmentation de près de 60 à 65% en aval par rapport à la ligne des générateurs. Ces résultats donnent des indications intéressantes quant à l’efficacité du Programme « SAAGA » ». Dans une autre partie de l’interview, le colonel indiquait qu’ « en 2002 par exemple, la campagne agricole a été mauvaise sur toute la bande sahélienne. Seul notre pays avait réalisé un excédent céréalier ». Et il mettait cet exploit à l’actif du programme : « Cet état de fait a amené les ministres de l’Agriculture du CILSS (Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel), en réunion à Banjul en décembre de la même année, à penser que le Programme « SAAGA » y était pour quelque chose (Le Burkina Faso étant le seul pays de la sous-région, à l’époque, à pratiquer la technique d’augmentation des précipitations par ensemencement des nuages). Mandat a donc été donné au Secrétariat du CILSS par les chefs d’Etat des pays membres de l’institution de mettre en place un programme régional à l’instar du Programme « SAAGA » », a-t-il soutenu au cours des échanges. Vers la fin de la même interview, le coordonnateur martelait que « le « Programme « SAAGA » est un outil indispensable, comme bien d’autres, à l’adaptation aux changements climatiques ».
Ayant commencé en 1999, le programme est devenu permanent en 2004 et a continué ses activités jusqu’en 2008 avant de tomber en hibernation. Certaines sources évoquent entre autres essentiellement le coût financier dispendieux du programme qui a conduit à la non poursuite du programme.
En août 2024, le ministre de l’Agriculture, Ismaël Sombié, a rencontré l’armée de l’air pour ressusciter l’opération Saaga afin de renforcer la sécurité alimentaire via une meilleure pluviométrie. Selon le reportage de Sidwaya du 9 août 2025, les échanges de cette « rencontre stratégique avec la haute hiérarchie de l’armée de l’air » ont principalement porté sur les opportunités de relancer le « Programme Saaga ». Un projet que le ministre a jugé crucial pour garantir la sécurité alimentaire du Burkina Faso.

L’inquiétante hausse continue de la température du Burkina
Le site internet gouvernemental dédié à l’adaptation aux changements climatiques indique que « les fortes chaleurs sont très courantes et ont augmenté de 0,89°C au cours de dix dernières années ». La moyenne maximale se situe autour de « 30 à 32 °C au nord et de 32 à 33 °C au sud ». Cependant, les records de chaleur les plus élevés souvent enregistrés sont d’« environ 47 à 48 °C » dans le nord du pays en avril et en mai, et de « 42 à 44 °C » dans le sud. Dans la même veine, une étude d’une équipe internationale de 19 climatologues de premier plan du groupe World Weather Attribution (Attribution du climat mondial), intitulé « Extreme Sahel heatwave that hit highly vulnerable population at the end of Ramadan would not have occurred without climate change » « La vague de chaleur meurtrière au Sahel et en Afrique de l’Ouest n’aurait pas été possible sans le changement climatique causé par l’homme », publié le jeudi 2024 analysait entre autres la situation climatique du Burkina, du Mali et du Niger dont les pics de chaleurs extrêmes étaient souventes fois « supérieures à 45°C ». Précisons que ces experts ont analysé la « moyenne des températures minimales sur cinq jours » de l’année 2024. Ces 19 experts climat dont des Burkinabè affirment catégoriquement que cette température extrême « n’aurait pas été possible sans le changement climatique ». Ces scientifiques expliquent que les vagues de chaleur diurnes et nocturnes, dans ces pays, « auraient été impossibles si l’homme n’avait pas réchauffé la planète en brûlant des combustibles fossiles comme le pétrole, le charbon et le gaz, et en menant d’autres activités comme la déforestation ». Ils précisent même que le changement climatique a fait « augmenter les températures maximales de 1,5 °C et les températures nocturnes de 2 °C dans la région du Burkina Faso et du Mali, et les températures diurnes sur cinq jours dans l’ensemble de la région de 1,4 °C ».
Le qualificatif « meurtrière » accolé à la vague de chaleur est justifié par des données officielles. Le rapport des scientifiques indique qu’« À Bamako, l’hôpital Gabriel-Touré a annoncé une augmentation de la surmortalité, avec 102 décès au cours des quatre premiers jours d’avril ». Dans cette fournaise climatique, les personnes vulnérables sont les premières victimes : ainsi « près de la moitié d’entre eux étaient âgés de plus de 60 ans et l’hôpital signale que la chaleur a probablement joué un rôle dans un grand nombre de ces décès », révèle l’étude. Et les experts précisent même entre autres que « l’accès limité à l’eau potable… a aggravé les conséquences ».
L’insécurité hydrique au Burkina implique une insécurité alimentaire et économiques
Le Burkina est un pays agricole à 90 % (agriculture et élevage) et ce secteur emploie 82 % de la population active, selon le rapport de l’ONG WterAid sur le « Changement climatique et sécurité de l’eau au Burkina et au Niger ». L’agriculture est essentiellement de type pluvial. Ce qui le rend fortement dépendant de la pluviométrie (devenue aléatoire tant dans l’espace que dans le temps) et des ressources en eau. C’est pour cela que le Burkina a bâti sa stratégie de mobilisation de l’eau sur les retenues d’eau. Le problème d’eau est donc un véritable handicap pour l’essor de son économie et l’épanouissement de sa population. L’insécurité hydrique implique une insécurité alimentaire. Les catastrophes naturelles notamment les sécheresses et inondations compromettent l’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD) notamment la sécurité alimentaire, l’adduction d’eau potable à tous.
Leur survenance entraîne des pertes économiques considérables. Par exemple, selon le Tableau de bord de l’environnement 2020, les pertes économiques dues aux catastrophes naturelles (inondations et sécheresses) sont estimées à plus de « 100 milliards de F CFA en 2008 ». Le coût annuel de la dégradation de l’environnement au Burkina Faso est évalué pour l’année 2008 à environ « 21% du PIB, soit environ 780 milliards de FCFA. Ceci représente 53 000 FCFA par habitant et par année ».
Selon une étude de l’ONG Global Water Partnership West Africa intitulée Changement climatique : Inventaires des stratégies d’adaptation des populations locales et échanges d’expériences de bonnes pratiques entre régions du Burkina » « toutes les trois zone agro-écologiques du pays seront affectées par les effets du changement qui se traduiront par une tendance à la baisse des précipitations moyennes annuelles (entre 3,4% en 2025 et 7,3% en 2050) et une tendance à la hausse des températures moyennes annuelles (entre 0,8° en 2025 et 1,7° C en 2050).
Si le réchauffement climatique est devenu un problème mondial, il n’en va pas de même des responsabilités. En effet, le Professeur de droit l’environnement Amidou Garané que les pays développés, sociétés de production et de consommation de masse, ont bâti leur développement économique sur les techniques les plus polluantes qui sont aujourd’hui à l’origine d’une grande partie de la dégradation de l’environnement mondial et sont de ce fait, les principaux responsables de la situation actuelle déplorable de l’environnement mondial, dont le réchauffement climatique. Bien que la responsabilité des pays en développement notamment les pays d’Afrique n’est pas à exclure. L’Afrique n’est responsable que de 4% des émissions des gaz à effet de serre. Mais subit le plus les effets néfastes de la crise climatique. Le Burkina, à l’instar des autres pays d’Afrique, est donc victime des méfaits des pays développés. Cette donne à fait naitre sur le plan juridique (droit international de l’environnement), le « principe de responsabilité commune mais différentiée ». Selon le juriste environnemental, ce principe permet ainsi « d’impliquer tous les Etats dans la protection internationale de l’environnement, tout en modulant leurs obligations en fonction de leur part de responsabilité dans la dégradation mondiale de l’environnement ». Ce principe implique, selon lui, que les pays développés, qui sont à l’origine d’une grande part de la crise environnementale, auront des obligations de protection de l’environnement notamment en termes de mobilisation de fonds plus importantes que les pays en développement.
Hamidou TRAORE
ENCADRE 1
Quand la crise climatique a failli entraîner le Burkina et Ghana à une guerre de l’eau
Le Ghana a fait des secteurs des mines et de l’industrie le levier de son développement. Un secteur hautement gourmand en consommation énergétique. Le Ghana construit le grand barrage d’Akosombo sur le bassin de la Volta qui fait fonctionner la centrale hydro-électrique d’Akosombo. Cette centrale occupait une place centrale dans le fonctionnement des secteurs stratégiques du Ghana.
Malheureusement, une baisse soudaine de l’eau du barrage suscite une vive préoccupation chez les autorités ghanéennes. Les suspicions pesant sur le Burkina qui a construit une flopée de barrage sur les cours d’eau en amont de la Volta, ont atteint leur paroxysme en 1998, lorsque la capacité de production de la centrale hydroélectrique d’Akosombo a baissé de manière drastique, suite à un déficit d’eau dans le Lac Volta qui constitue le réservoir du Barrage d’Akosombo.
Dans la foulée, il s’en était suivi une crise énergétique affectant le Ghana, et indirectement le Togo et le Bénin, dont l’approvisionnement en électricité dépend en partie de la centrale hydroélectrique d’Akosombo. Saisissant cette crise au bond, une certaine opinion publique ghanéenne, soutenue par des dirigeants politiques, pointait un doigt accusateur sur le Burkina Faso d’être à l’origine de cette crise énergétique. Ils soutenaient que la baisse du niveau d’eau dans le Lac Volta était la conséquence directe des prélèvements inconsidérés d’eau opérés en amont des cours d’eau de la Volta par le Burkina Faso, à travers ses nombreux barrages.
Il s’en était alors suivi une vive tension entre les deux pays, relayée par la presse nationale au Ghana, au Togo et au Bénin. Ainsi, dans un article scientifique sur cette crise intitulé « Prévenir les conflits et promouvoir la coopération dans la gestion des fleuves transfrontaliers en Afrique de l’ouest » publié en mai 2004 sur le site Vertigo https://journals.openedition.org/vertigo/3979 , Madiodio Niasse écrivait « Cette thèse semblait d’autant plus plausible qu’entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1990, le Burkina avait aménagé 1500 petites retenues d’eau, construit 3 grands barrages et augmenté ses superficies irriguées de 2 000 ha à 25 000 ha dans le haut Bassin de la Volta ».
La tension est vive. Selon le Professeur Amidou Garané qui avait suivi l’affaire de prêt, la désescalade interviendra « par des contacts de haut niveau entre les deux pays et par l’apport des scientifiques qui ont pu apporter les éléments de preuve indiquant que la capacité totale de l’ensemble des grands et petits barrages du Burkina Faso était dérisoire au regard des capacités du Barrage d’Akosombo ».
Ces hydrauliciens indiquaient que la « baisse du niveau d’eau de celui-ci était davantage liée à un phénomène naturel de baisse de la pluviométrie dans la sous-région qu’à la construction de barrages au Burkina Faso ». L’environnementaliste Amidou Garané dans la même logique indique que cette « baisse du niveau du lac serait donc essentiellement à mettre en rapport avec la variabilité et le changement climatiques ». Les deux pays saisissent l’occasion pour tisser une étroite coopération en mettant en place un cadre juridique de coopération appelé le Code de conduite.
H T
ENCADRE 2
L’eau, la psychose des acteurs politiques
Généralement, ce sont les paysans qui sont montrés comme ceux qui s’inquiètent le plus du manque de pluie. Mais, l’on peut également retrouver une certaine inquiétude chez les acteurs politiques. Au mois juin 2025, le capitaine Ibrahim Traoré remettait des équipements agricoles aux paysans en laissant entendre cette phrase : « On va prier pour que la pluviométrie soit bonne ».
Si l’opération Saaga est une trouvaille du parti de la majorité qui exerçait le pouvoir politique (le CDP), des opposants avaient également leurs solutions d’eau pour le Burkina. Ainsi, pendant les campagnes électorales de 2020, le Zéphirin Diabré de UPC, avait proposé de « creuser des tunnels jusqu’à la mer », afin d’apporter de l’eau au Burkina. Cette proposition avait suscité de vives polémiques sur sa faisabilité. Dans le même contexte, en 2010, le candidat Laurent Bado du PAREN, face au problème d’eau se lâchait : « Si la pluie ne vient pas vers le Burkina, c’est le Burkina qui ira vers la pluie ». Il proposait également solution au problème d’eau ; « 8000 villages 8000 barrages ».
H T
