Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
La 30ᵉ conférence des Nations unies sur le climat s’est ouverte ce lundi 10 novembre à Belém, au Brésil, sur un appel pressant à rompre avec « le négationnisme climatique ». À l’embouchure de l’Amazone, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a exhorté la communauté internationale à « infliger une nouvelle défaite aux obscurantistes » et à accélérer la transition écologique, alors que la planète s’apprête à franchir le seuil critique de 1,5 °C de réchauffement.
« C’est le moment d’associer l’urgence à l’opportunité », a lancé Lula, devant des délégations venues du monde entier. Son message est clair : l’ère des demi-mesures est révolue. Le dérèglement climatique n’est plus une menace lointaine mais une réalité palpable, qui bouleverse des vies, fragilise les économies et met à rude épreuve les sociétés les plus vulnérables.
Le seuil de 1,5 °C bientôt dépassé
Les scientifiques l’annoncent : la planète est sur le point de franchir, temporairement, la limite de 1,5 °C fixée par l’Accord de Paris en 2015. Selon l’Organisation météorologique mondiale, il y a 70 % de chances que la moyenne mondiale sur la période 2025-2029 dépasse ce seuil. Ce franchissement ne serait pas définitif, mais il marquerait un tournant inquiétant dans la lutte contre le réchauffement.
Face à cette perspective, le responsable du climat à l’ONU, Simon Stiell, a appelé les États à traduire leurs promesses en actions concrètes. « Votre rôle ici n’est pas de vous battre les uns contre les autres, mais de combattre ensemble cette crise climatique », a-t-il déclaré, exhortant les négociateurs à transformer la COP en un moteur de « transformation économique du XXIᵉ siècle ».
Des progrès, mais une action encore trop lente
Un sentiment d’optimisme prudent flottait dans l’air de Belém lors de cette première journée. Cent treize pays ont désormais présenté de nouveaux plans nationaux de réduction des émissions, couvrant près de 70 % des rejets mondiaux de gaz à effet de serre. Ces engagements pourraient réduire les émissions de 12 % d’ici 2035, selon la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Un pas dans la bonne direction, mais encore insuffisant pour maintenir l’objectif de 1,5 °C « en vie ».
« Les engagements pris commencent à produire des effets : la courbe mondiale des émissions amorce enfin un recul », a souligné Simon Stiell. Mais il a averti : « Aucun pays ne peut agir seul, et nul ne peut supporter isolément le coût des catastrophes climatiques qui amputent le PIB de plusieurs points. »
Vers une sortie planifiée des énergies fossiles
Lula a, lui aussi, appelé à un sursaut collectif. « Nous allons dans la bonne direction, mais à la mauvaise vitesse », a-t-il affirmé, qualifiant la COP30 de « COP de la vérité ». Il a dénoncé les « forces du déni et de la désinformation » qui sapent les efforts internationaux : « Ils contrôlent les algorithmes, sèment la haine, propagent la peur et attaquent la science. »
Le président brésilien a plaidé pour une « feuille de route mondiale » visant à sortir progressivement des combustibles fossiles, inverser la déforestation et financer la transition énergétique des pays en développement. Un nouveau fonds, alimenté par les recettes de l’exploitation pétrolière brésilienne, sera créé à cet effet.
Lors du sommet préparatoire des 6 et 7 novembre, Belém avait déjà permis de mobiliser 5,5 milliards de dollars pour le Tropical Forests Forever Facility, un mécanisme destiné à récompenser les pays protecteurs des forêts tropicales. Parmi les autres engagements : la reconnaissance des droits fonciers autochtones, le quadruplement de la production de carburants durables et la lutte conjointe contre la pauvreté, la faim et le racisme environnemental.
L’Amazonie, symbole et témoin
Installer la COP30 « au cœur de l’Amazonie » fut, selon Lula, « une tâche difficile mais nécessaire ». Le président y voit une occasion d’offrir au monde une vision concrète de ce biome vital, qui abrite plus de 50 millions de personnes et 400 peuples autochtones. « Que la sérénité de la forêt inspire la clarté de pensée nécessaire pour voir ce qu’il faut accomplir », a-t-il lancé, sous les applaudissements.
Une COP placée sous le signe de la science
La cérémonie d’ouverture, marquée par une performance du peuple autochtone Guajajara, s’est conclue par les mots du président de la conférence, André Corrêa do Lago. Il a appelé à faire de Belém « la COP de la mise en œuvre, de l’adaptation et de l’intégration économique des politiques climatiques et surtout, la COP qui écoute et croit en la science ».
En Amazonie, où la nature et l’humanité se mêlent étroitement, le message résonne avec force : la lutte contre le dérèglement climatique ne relève plus du débat, mais de la responsabilité collective.
Hamidou TRAORE
