Plusieurs syndicats africains et internationaux, de 36 pays différents, ont exhorté l’Organisation internationale du travail (OIT) à émettre des sanctions contre l’Arabie saoudite, en raison des abus perpétrés envers les travailleurs étrangers dans le pays
Par Hamidou TRAORE, (tr.hamidou@gmail.com)
Lors de la 113ᵉ session de la Conférence internationale du Travail (CIT), les représentants syndicaux ont officiellement déposé une plainte contre l’Arabie saoudite auprès de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Ils dénoncent des violations massives et persistantes des droits des travailleurs migrants dans le royaume.
Une plainte au titre de l’article 26 de la Constitution de l’OIT
Présentée en vertu de l’article 26 de la Constitution de l’OIT, cette plainte exige une réponse internationale urgente et des mécanismes de reddition de comptes. Les syndicats accusent Riyad de perpétuer un système de travail forcé, de vol de salaires, de violences physiques et sexuelles et de discrimination raciale systémique, visant particulièrement les travailleurs migrants africains.
Ces derniers, essentiels à l’économie saoudienne, notamment dans les secteurs de la construction et du travail domestique, seraient pris au piège d’un système qualifié d’esclavage moderne.
Des témoignages accablants
Selon les syndicats, de nombreux travailleurs sont enfermés dans les domiciles de leurs employeurs, contraints de travailler jusqu’à 20 heures par jour, sans salaire, sans soins médicaux, ni repos. Certains ne survivent pas à ces conditions extrêmes.
Ces abus seraient directement liés au système de parrainage de la kafala, qui attache le statut juridique d’un travailleur à son employeur, lui retirant toute autonomie. Ce dispositif permettrait aux employeurs d’exercer un contrôle quasi total sur la vie de leurs employés et de faire taire leurs plaintes.
Une inquiétude accrue à l’approche de la Coupe du monde 2034
L’annonce, en décembre 2024, de l’attribution de la Coupe du monde de football 2034 à l’Arabie saoudite a ravivé les inquiétudes syndicales. La Confédération syndicale internationale (CSI) redoute une aggravation des abus à mesure que le pays investit massivement dans les infrastructures nécessaires à l’événement.
Malgré plusieurs échanges et deux missions officielles de la CSI auprès du gouvernement saoudien, aucune amélioration tangible n’a été observée. Les travailleurs domestiques, en majorité des femmes, restent exclus de la législation du travail et demeurent invisibles et vulnérables face aux mauvais traitements.
L’Arabie saoudite classée parmi les pires pays pour les droits des travailleurs
Selon l’Indice CSI des droits dans le monde 2025, l’Arabie saoudite figure dans la catégorie 5, soit celle des pays n’offrant aucune garantie des droits fondamentaux aux travailleurs.
Pour les représentants syndicaux, la plainte déposée auprès de l’OIT constitue le dernier recours face à des années d’abus documentés, de réformes inachevées et de promesses non tenues. Ils demandent la création d’une commission d’enquête internationale, le mécanisme de responsabilisation le plus fort prévu par l’OIT.
« Nous n’accepterons plus la mort d’un travailleur migrant »
« L’ampleur et la gravité des violations imposent une action immédiate », a déclaré Luc Triangle, secrétaire général de la CSI. « Nous n’accepterons pas qu’un travailleur migrant de plus meure en Arabie saoudite. Cette situation doit cesser, maintenant. », prévient-il.
De son côté, Joel Odigie, secrétaire général de la CSI-Afrique, dont les syndicats sont à l’origine de la plainte, a lancé un appel à la mobilisation mondiale :
« En Arabie saoudite, les travailleurs sont traités comme des biens jetables. Ils partent vivants et reviennent dans des cercueils. Trop, c’est trop. Le monde ne peut pas rester silencieux alors que des travailleurs migrants sont réduits en esclavage. L’OIT doit agir. »
Un appel à la responsabilité internationale
Pour les syndicats, cette action vise à briser la culture de l’impunité et à imposer une réforme profonde, inclusive et durable du droit du travail en Arabie saoudite.
Ils rappellent que la lutte pour la dignité des travailleurs migrants dépasse les frontières du royaume : leur exploitation met en péril les droits du travail dans le monde entier.
Hamidou TRAORE
