Les autorités burkinabè ne cessent d'organiser des sessions de reboisement pour lutter contre la désertification et sécheresse
Les personnes averties des problèmes environnementaux du Burkina s’accordent à dire que le « premier défi environnemental auquel est confronté le Burkina Faso est sans conteste la désertification et/ou la sécheresse ». Un fléau devenu depuis des décennies un gros goulot d’étranglement qui obstrue l’élan du développement national. De toute évidence, si ce fléau n’est pas efficacement combattu, il continuera à compromettre tous les efforts nationaux pour l’essor économique et social quand on sait que l’économie du pays est essentiellement basée sur l’agriculture. Conscient de ce danger dont les effets dramatiques sont perceptibles, l’action de protection de l’environnement rime avec la lutte contre la désertification qui apparaît comme le défi environnemental le plus crucial contre lequel toutes les énergies sont mobilisées.
Hamidou TRAORE (tr.hamidou@gmail.com)
Au Burkina, plusieurs personnes de la cinquantaine se rappellent avec stupeur les années 1970 et 1973 qui ont été marquées par de grandes sècheresses aux funestes conséquences. Le sexagénaire Raogo (nom d’emprunt) en parle avec mélancolie. C’est à cette éprouvante période qu’un plat communément appelé Babenda est né. Ce plat est un concentré de diverses feuilles. Raogo explique qu’à cette époque, le manque criard de nourriture poussait les gens à cueillir les feuilles de n’importe quelle plante qu’ils trouvent pour les faire bouillir et les consommer. C’est donc un passé traumatisant que ce plat suscite chez le vieux Raogo. Quand quelqu’un s’hasarde à dire qu’il aime bien ce plat, le vieux lui rétorque que c’est parce qu’il n’a pas cette « terrible épreuve).
En rappel, le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé et moins fourni en ressources naturelles. Il subit de plein fouet les aléas climatiques dont la désertification induite et aggravée par le dérèglement climatique. Or plus des trois quarts de la population du pays est rurale et l’agriculture occupe 72 % des actifs de la population. Malheureusement cette agriculture est rudimentaire et tributaire de la pluie qui, lui, se raréfie.
Plusieurs causes expliquent et contribuent au phénomène de la désertification au Burkina Faso. Il s’agit notamment de facteurs naturels qui sont essentiellement d’ordre climatique qui se traduisent par l’assèchement lent et progressif du climat, l’agressivité des pluies contre les sols, poussée de l’harmattan. De facteurs technologiques que sont les méthodes culturales archaïques basées sur des défrichements extensifs, l’élevage extensif et transhumant, la pratique des feux de brousse. Les facteurs sociologiques et politiques (politique d’exclusion des populations de la gestion des ressources naturelles, obstacles à la participation des populations, appropriation étatique des ressources naturelles au détriment des populations, choix erronés de stratégies de développement, inadéquation de la législation sur les ressources naturelles) et les facteurs économiques matérialisés par la pression agrodémographique sur les terres se traduisant par l’extension des superficies, la détérioration des termes de l’échange au niveau international obligeant les paysans à produire plus pour maintenir un même niveau de revenus.
Les conséquences de la désertification sont nombreuses et dramatiques. Peuvent être mentionnés à cet égard, la dégradation accélérée du potentiel productif (baisse de la fertilité et érosion accélérée des sols), la dégradation de la diversité biologique (appauvrissement de la végétation, réduction des produits de cueillette, appauvrissement de la faune sauvage, appauvrissement génétique des espèces animales et végétales domestiquées), la dégradation du cadre de vie (difficultés d’approvisionnement en eau et en bois de chauffe) et la paupérisation des populations (baisse des rendements agricoles et insécurité alimentaire).
Des études montrent qu’au Burkina, 34% des terres de production sont dégradées pour causes anthropiques et climatiques, avec une progression de dégradation qui est passée de 360 000 hectare par an entre 1983 et 1992 à 469 000 hectares par an entre 2002 et 2013.

La lutte contre la désertification nécessite des stratégies intégrées à long terme.
Dès le début des années 70, le Burkina Faso a pris progressivement conscience du phénomène de la désertification. Cela s’est matérialisé par l’adoption, en 1970, du premier Programme National de Lutte contre la Désertification, consistant en un reboisement à grande échelle. Cette prise de conscience va se renforcer considérablement à partir de 1973, année durant laquelle le pays a été confronté, de manière brutale, à une sécheresse sans précédent, dont les conséquences ont été dramatiques pour les hommes, les écosystèmes, la faune et la flore. Les autorités et la population burkinabé apprenaient ainsi brutalement que la survie de la nation était à la merci de menaces écologiques réelles susceptibles de compromettre leurs efforts le développement économique et social.
A partir de cette catastrophe climatique, le Burkina Faso, à l’instar des autres pays du Sahel, prendra davantage conscience de la nécessité de la protection de l’environnement et des ressources naturelles. Le Burkina prendra alors, seul ou en collaboration avec d’autres Etats de la sous-région, des mesures pour la conservation des ressources naturelles. Les principales mesures prises à ce titre peuvent être ainsi mentionnées entre autres :
– la contribution à la création, le 12 Septembre 1973, du Comité Inter-Etats de lutte contre la Sécheresse dans le sahel (CILSS) ;
– l’adoption en 1984, du Programme Bois de village et sa concrétisation, à travers un Programme National de Foresterie Villageoise ;
– le lancement en 1985, des trois luttes, la lutte contre les feux de brousse, la coupe abusive du bois et la divagation des animaux ;
-l’adoption de l’approche Gestion des Terroirs et sa concrétisation en 1992 par un Programme National de Gestion des Terroirs (PNGT) ;
– l’adoption en 1986, d’un Plan National de Lutte contre la Désertification (PNLCD) instituant entre autres, un programme et un Comité National de Lutte contre la Désertification.
Des programmes et projets mis en œuvre
Pour stopper la progression, voire reculer la sécheresse et la désertification des institutions publiques, ONG et associations se sont investis. Ainsi le projet Beog Puuto (qui signifie en langue mooré les champs de l’avenir), a été mis en oeuvre dans quatre régions du Burkina Faso. Il a consisté à accompagner les populations dans la transformation à grande échelle de leurs systèmes de production agricole. Ce qui s’est traduit en action à travers la restauration de 30.000 ha de terres, l’installation de 7 fermes pilotes, la formation de 1200 professionnels agricoles.
Côté étatique, l’on peut citer la mise en place du Programme d’Action National de Lutte Contre la Désertification (PAN/LCD) qui est d’une importance indéniable pour le Burkina Faso, en raison de la menace environnementale que constitue la désertification. Ce programme répond à l’une des exigences conventionnelles dans le cadre de la Convention de lutte contre la désertification qui met à la charge des Etats parties touchés par la désertification, l’obligation d’élaborer un programme d’action national de lutte contre la désertification.
L’objectif général du PAN/LCD est de « contribuer à l’instauration d’un développement durable du pays par le renforcement de la capacité des autorités locales et assurer la participation active des populations, des collectivités et des groupes locaux dans les actions de lutte contre la désertification et d’atténuation des effets de la sécheresse ». De manière plus spécifique, il doit assurer une gestion durable et intégrée des ressources naturelles aux fins de la promotion de la sécurité alimentaire, améliorer l’environnement économique aux fins de l’élimination de la pauvreté, améliorer l’organisation institutionnelle et l’environnement législatif de la lutte contre la désertification, améliorer la connaissance du phénomène de la désertification, surveiller et évaluer les effets de la sécheresse.
Malheureusement, la crise sécuritaire obstrue l’opérationnalisation des projets et programmes sur le terrain.
Hamidou TRAORE (tr.hamidou@gmail.com)

