Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
En huit décennies, la compagnie nationale éthiopienne s’est imposée comme le joyau du transport aérien africain. Rentable, ambitieuse et rigoureusement gérée, Ethiopian Airlines prouve qu’un modèle public peut rivaliser avec les plus grands groupes mondiaux.
Derrière cette réussite, une vision à long terme, une gouvernance exemplaire et un méga-projet d’aéroport appelé à transformer Addis-Abeba en hub global.
Un ciel africain sous contrôle éthiopien
Dans un secteur souvent frappé par les turbulences, Ethiopian Airlines vole avec assurance. En 2025, la compagnie affiche des résultats à faire pâlir bien des majors : 19 millions de passagers, 784 000 tonnes de fret et 7,6 milliards de dollars de revenus.
Alors que South African Airways se restructure et que Kenya Airways peine à sortir du rouge, la compagnie d’Addis-Abeba poursuit son ascension, imperturbable.
« Notre ambition a toujours été claire : faire de l’Éthiopie le principal hub aérien du continent »,
déclare Mesfin Tasew, directeur général du groupe depuis 2022.
L’État actionnaire, mais pas gestionnaire
Entièrement détenue par le gouvernement éthiopien, Ethiopian Airlines défie les clichés. Loin des interférences politiques, elle bénéficie d’une autonomie managériale qui lui permet d’investir, planifier et se développer sans contrainte bureaucratique.
Cette gouvernance disciplinée, héritée de décennies de continuité institutionnelle, fait toute la différence. « Nous appartenons à l’État, mais nous opérons selon les standards du marché mondial”, rappelle Tasew.
Ainsi, la compagnie fonctionne comme un groupe privé, audité et performant, capable de décider vite et d’exécuter efficacement.
La formation, moteur silencieux du succès
L’un des piliers du modèle Ethiopian repose sur le capital humain. Dès les années 1960, la compagnie a investi dans la formation et la transmission du savoir-faire. Aujourd’hui, son Ethiopian Aviation Academy est l’une des plus importantes d’Afrique.
Chaque année, des milliers de pilotes, techniciens, ingénieurs et personnels navigants y sont formés, non seulement pour Ethiopian, mais aussi pour d’autres compagnies africaines.
“Nos talents sont africains, formés ici pour servir l’Afrique”, souligne fièrement Mesfin Tasew.
Cette stratégie d’autonomie technique a permis à la compagnie de limiter sa dépendance vis-à-vis de prestataires étrangers et de réduire ses coûts. Une rareté sur le continent.
Le pari du méga-aéroport de Bishoftu
Prochaine étape du voyage : le nouveau méga-aéroport de Bishoftu, à 40 kilomètres au sud-est d’Addis-Abeba. Ce projet titanesque, estimé à plus de 5 milliards de dollars, vise une capacité de 100 millions de passagers et plus d’un million de tonnes de fret par an.
Ce hub futuriste positionnera l’Éthiopie comme passerelle naturelle entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Avec son réseau dense, Ethiopian espère capter une large part du trafic intercontinental et asseoir sa domination sur le marché africain.
Une exception africaine devenue modèle mondial
Alors que nombre de compagnies publiques africaines s’enlisent dans les déficits, Ethiopian Airlines démontre qu’un modèle étatique performant est possible.
Sa réussite repose sur trois principes simples : une gouvernance claire, une vision à long terme et un engagement sans faille envers la qualité de service.
Au-delà de ses chiffres, Ethiopian est devenue un symbole de fierté nationale et une vitrine du savoir-faire africain. Une success story qui inspire aussi bien les gouvernements que les investisseurs.
« Notre objectif n’est pas seulement de transporter des passagers, mais de prouver que l’Afrique peut exceller », confie Mesfin Tasew, regard tourné vers le futur.
L’envol d’un symbole africain
Huit décennies après son premier vol, Ethiopian Airlines n’est plus seulement la fierté d’un pays. Elle incarne l’Afrique qui innove, planifie et réussit.
Dans un ciel souvent agité, la compagnie éthiopienne trace un sillage clair : celui d’un continent capable de prendre les commandes de son destin économique, avec rigueur, compétence et audace.
Les chiffres du succès
| Indicateur | Résultat 2025 |
| Passagers transportés | 19 millions |
| Fret traité | 784 000 tonnes |
| Revenus totaux | 7,6 milliards USD |
| Destinations desservies | +130 (dont 63 en Afrique) |
| Nouvel aéroport | Bishoftu – 100 M passagers/an |
| Effectif global | +17 000 employés |
