L’UNESCO vient de publier son « Rapport mondial 2024 des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau en mars dernier sous le thème « L’Eau pour la prospérité et la paix ». Ce rapport met en exergue les relations complexes d’interdépendance qui existent entre la gestion durable de l’eau, la paix et la prospérité. Outre, le rapport signale que les tensions liées à l’eau exacerbent les conflits à l’échelle mondiale. Pour préserver la paix dans le monde et surtout en Afrique, il est préconisé des États un renforcement de la coopération internationale et des accords transfrontaliers.
Les eaux transfrontalières représentent 60 pour cent des flux d’eau douce de la planète. 153 pays ont un territoire situé dans au moins un des 286 bassins fluviaux et lacustres transfrontaliers et des 592 systèmes aquifères transfrontaliers. Selon les Nations unies, la coopération transfrontalière fait défaut dans la plupart des pays. La plupart des pays n’ont pas toutes leurs zones de bassins transfrontaliers couvertes par des accords opérationnels.
Les actions dans un pays ont des conséquences dans un autre. En effet, la surexploitation et la pollution des lacs, des rivières et des aquifères peuvent mettre en péril les services écosystémiques au-delà des frontières. La décision unilatérale d’un pays de construire un barrage pourrait réduire considérablement le débit d’un fleuve en aval dans un autre pays.
Le rapport met l’accent sur un besoin urgent d’accords transfrontaliers. Il note que pendant 40% de la population mondiale vit dans des bassins fluviaux et lacustres transfrontaliers, seul un pays sur cinq a conclu des accords couvrant l’ensemble de ses eaux transfrontalières en vue de gérer cette ressource de façon partagée. « L’Afrique demeure la plus exposée aux tensions interétatiques liées à l’eau : 19 États sur 22 étudiés souffrent d’une pénurie d’eau, alors même que deux tiers des ressources en eau douce sont transfrontalières. Or, sur les 106 aquifères transfrontaliers cartographiés en Afrique, seuls 7 d’entre eux font à ce jour l’objet d’une coopération formalisée entre pays ».
Dans ce contexte, la coopération transfrontalière pour la gestion de l’eau apparaît comme un levier puissant de maintien de la paix. En créant les conditions d’un dialogue régulier entre toutes les parties et en instaurant les cadres juridiques appropriés, elle est en capacité de résoudre la plupart des différends relatifs à l’eau, et donc de prévenir l’apparition ou l’exacerbation de conflits à plus grande échelle, souligne ce rapport.
Pour Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO : « À mesure que le stress hydrique augmente, les risques de conflits locaux ou régionaux augmentent également. Le message de l’UNESCO est clair : si nous voulons préserver la paix, nous devons non seulement mieux préserver les ressources en eau, mais aussi renforcer au plus vite la coopération régionale et mondiale dans ce domaine ».
Dans la même logique, Alvaro Lario, président du Fonds international de développement agricole (FIDA) et président d’ONU-Eau renchérit : « L’eau, lorsqu’elle est gérée de manière durable et équitable, peut être une source de paix et de prospérité. C’est aussi l’élément vital de l’agriculture, le principal moteur socio-économique pour des milliards de personnes ».
Ainsi, le Rapport préconise des gouvernements une coopération effective et active dans la gestion des ressources en eau transfrontalières. Une coopération accrue est essentielle, en particulier dans les zones vulnérables aux impacts du changement climatique et où l’eau est déjà rare. Les bassins et aquifères transfrontaliers créent un lien de liens hydrologiques, économiques et sociaux entre les communautés vivant dans les zones frontalières et au-delà.
Hamidou TRAORE
