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Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
A l’horizon 2050, la planète devra relever un double défi : nourrir une population mondiale en forte croissance tout en préservant ses ressources naturelles. Un nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale met en lumière une solution clé : une gestion plus intelligente et équilibrée de l’eau en agriculture, capable de transformer durablement les systèmes alimentaires et de générer des millions d’emplois, notamment en Afrique subsaharienne.
Une gestion de l’eau à repenser d’urgence
Le constat est sans appel : les pratiques actuelles de gestion de l’eau en agriculture sont profondément déséquilibrées. Dans certaines régions, la ressource est surexploitée, aggravant le stress hydrique et menaçant les écosystèmes. Ailleurs, elle reste sous-utilisée, freinant le potentiel agricole.
Selon le rapport Nourish and Flourish: Water Solutions to Feed 10 Billion People on a Livable Planet, ces déséquilibres ne permettent aujourd’hui de soutenir durablement la production alimentaire que pour moins de la moitié de la population mondiale actuelle. Une situation intenable alors que la Terre comptera près de 10 milliards d’habitants d’ici 2050.
Produire plus… avec mieux
Pour répondre à ce défi, les experts plaident pour une approche systémique reliant disponibilité de l’eau, production agricole et commerce international. L’idée : adapter les stratégies selon les réalités locales.
Ce cadre permet notamment d’identifier :
- les zones où l’agriculture pluviale peut être développée,
- celles où l’irrigation peut stimuler croissance et emploi,
- les régions où il faut réduire la consommation d’eau pour préserver les ressources,
- et celles où l’importation de denrées constitue une solution plus durable.
« La manière dont nous gérons l’eau influencera directement l’emploi, la croissance et les moyens de subsistance », souligne Paschal Donohoe, insistant sur la nécessité de décisions plus stratégiques en matière d’allocation des ressources.
Un potentiel massif de création d’emplois
L’enjeu n’est pas seulement alimentaire : il est aussi économique et social. Une gestion optimisée de l’eau pourrait générer jusqu’à 245 millions d’emplois à long terme, dont une part significative en Afrique subsaharienne.
L’irrigation, en particulier, apparaît comme un moteur clé de transformation. Son expansion, combinée à la modernisation des infrastructures existantes, pourrait dynamiser les économies rurales et renforcer la résilience des populations face aux chocs climatiques.
Le rôle crucial du secteur privé
Mais cette transformation a un coût : entre 24 et 70 milliards de dollars supplémentaires par an seront nécessaires d’ici 2050 pour développer et moderniser les systèmes d’irrigation.
Les financements publics, bien que conséquents, près de 490 milliards de dollars par an, ne suffiront pas. Le rapport insiste sur la nécessité d’impliquer davantage le secteur privé, via des politiques incitatives, des réformes réglementaires et des partenariats public-privé.
« Lorsque investissements publics, politiques favorables et capitaux privés se combinent, leur impact est démultiplié », explique Guangzhe Chen.
Passer de la théorie à l’action
Pour accompagner cette transition, le Groupe de la Banque mondiale entend intensifier son engagement. L’institution prévoit de porter ses financements annuels dans l’agroalimentaire à 9 milliards de dollars d’ici 2030, tout en mobilisant 5 milliards supplémentaires chaque année.
Au cœur de cette stratégie figure l’initiative AgriConnect, destinée à accompagner les petits exploitants vers une agriculture commerciale plus productive et durable.
Un tournant décisif pour l’avenir
Face aux défis combinés du changement climatique, de la croissance démographique et de la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau apparaît comme un levier stratégique incontournable. Rééquilibrer son usage, investir intelligemment et mobiliser tous les acteurs pourraient bien faire la différence entre pénurie et prospérité.
L’enjeu est clair : produire plus, mieux, et durablement-sans épuiser la ressource la plus précieuse de la planète.
