Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Berceau mondial du vaudou, le Bénin surprend la planète financière en devenant le premier État africain à lever 500 millions de dollars via un Sukuk international, un instrument emblématique de la finance islamique. Un contraste saisissant qui illustre l’ouverture pragmatique d’un pays décidé à explorer des modèles de financement vertueux, loin des dogmes exclusifs du capitalisme financier traditionnel.
Le Bénin vient d’entrer dans l’histoire des marchés financiers internationaux. En réussissant l’émission de son tout premier Sukuk international pour un montant de 500 millions de dollars américains, l’État ouest-africain s’impose comme un pionnier sur le continent et confirme son retour en force sur la scène financière mondiale.
Un succès retentissant auprès des investisseurs du Golfe
Structurée et promue depuis Londres et plusieurs capitales du Moyen-Orient, l’opération a rencontré un engouement exceptionnel. Le carnet d’ordres a dépassé les 7 milliards de dollars, soit une sursouscription de près de huit fois le montant proposé. Une performance qui témoigne de l’appétit des investisseurs du Golfe pour les signatures africaines crédibles et bien notées.
Ce succès marque également le retour de la confiance des marchés, quelques mois après les tensions politiques liées à la tentative de déstabilisation de décembre 2025. Grâce à une stratégie de communication ciblée à Doha, Abou Dhabi et Dubaï, Cotonou a su séduire une nouvelle base d’investisseurs et renforcer ses relations économiques avec le monde arabo-musulman.

Une ingénierie financière maîtrisée et protectrice
Pour cette première incursion dans la finance islamique internationale, le Bénin a démontré une réelle sophistication technique. Le Sukuk, d’une maturité de sept ans, affiche un coupon final de 4,92 % en euros. Afin de neutraliser le risque de change, une couverture intégrale dollar-euro a été mise en place, protégeant ainsi les finances publiques contre la volatilité monétaire.
En parallèle, l’État a procédé à la réouverture de son Eurobond 2038 pour un montant additionnel de 350 millions de dollars. Cette double levée permet de couvrir l’essentiel des besoins de financement de l’année 2026, tout en améliorant le profil de la dette nationale.
Des fondamentaux économiques qui rassurent
Cette réussite repose sur des indicateurs macroéconomiques solides. Fitch Ratings a récemment relevé la perspective souveraine du Bénin de « stable » à « positive », portée par une croissance estimée à 7,5 % en 2025. Le déficit budgétaire est contenu à 3,1 % et la dette publique suit une trajectoire descendante.
Malgré les avertissements de S&P Global concernant les risques liés à l’année électorale 2026, la capacité du Bénin à emprunter à des taux inférieurs à ceux du marché secondaire confirme son statut d’émetteur de référence en Afrique subsaharienne.

Une alternative vertueuse pour l’Afrique de l’Ouest
Au-delà de la performance financière, l’émission de ce Sukuk revêt une portée symbolique forte. Pays de traditions ancestrales et de spiritualité vaudou, le Bénin démontre qu’identité culturelle et ouverture économique ne sont pas incompatibles. En se tournant vers la finance islamique -fondée sur le partage des risques, l’adossement à des actifs réels et l’interdiction de la spéculation excessive -Cotonou explore des alternatives éthiques à la finance capitaliste classique.
En devançant des pays comme le Nigeria ou le Sénégal, eux aussi intéressés par ce type d’instruments, le Bénin se positionne comme une porte d’entrée des capitaux islamiques en Afrique de l’Ouest. Pour le ministre des Finances Romuald Wadagni, cette innovation financière illustre la capacité du pays à diversifier ses sources de financement et à préparer l’avenir dans un contexte mondial incertain.
Un pari audacieux, mais maîtrisé, qui pourrait inspirer d’autres économies africaines en quête de financements durables, inclusifs et moins dépendants des circuits traditionnels.
Hamid
