La juge Julia Sebutinde
Par Hamidou TRAORE
Julia Sebutinde, la vice-présidente de la Cour Internationale de Justice (CIJ) est la seule parmi les 17 juges de la Cour à voter contre la prise de toutes les mesures ordonnant Israël à cesser immédiatement les actes génocidaires dans la bande de Gaza. Sa position dissidente est motivée par ses convictions religieuses.
Petit rappel contextuel. L’Afrique du Sud a porté plainte le 29 décembre 2023 contre Israël pour « génocide » à Gaza auprès de la CIJ, le tribunal de l’ONU chargé de régler les différends entre Etats. La Nation arc-en-ciel comptait faire cesser la dévastation de Gaza et les tueries de masse auxquelles se livrent l’armée israélienne. Mais c’était sans compter sur cette dame de 71 ans. Juge « dissidente », elle s’est toujours démarquée de ses collègues en défendant les opérations d’Israël à Gaza sur un motif pour le moins invraisemblable. Sa foi chrétienne.
Julia Sebutinde est chrétienne-sioniste. Un courant évangélique selon lequel la création de l’État d’Israël est en accord avec les prophéties bibliques. Cette église a été fondée par le pasteur Gary Skinner, un chrétien sioniste convaincu d’une « fin des temps » proche. La juge a même reconnu l’influence de cette communauté sur sa vision du monde et sa pratique juridique. C’est donc cette ‘intime conviction’ qui a poussé la vice-présidente à affirmer sans sourciller que « Dieu comptait sur elle pour se tenir aux côtés d’Israël » et que les signes de la « fin des temps » se « manifestent au Moyen-Orient ». « Je suis convaincue que le temps presse. Je vous encourage à suivre l’évolution de la situation en Israël. Je suis honorée que Dieu m’ait permis de participer aux derniers jours. », ajoute-elle.
Des militants des droits de l’Homme ont dénoncé cette prise de position et ont appelé la CIJ à révoquer l’ougandaise. Ils l’accusent d’avoir violé les règles d’impartialité de la CIJ au profit d’Israël en exprimant des « idées religieuses messianiques qui encouragent (Israël) à poursuivre le génocide ».
En Ouganda, ces prises de position de la juge ont provoqué une levée de boucliers au plus haut sommet de l’État. Vincent Bagire Wasswa, secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères, a déploré le fait que l’opinion dissidente de la juge ait été « interprétée à tort comme une décision de l’Ouganda ». Dans la même lancée, Adonia Ayebare, représentante permanente de l’Ouganda auprès de l’ONU, déclarait sur X que la position adoptée par la juge « ne représente pas la position du gouvernement de la République de l’Ouganda ».
Hamidou TRAORE
