© UNICEF/Ueslei Marcel À la COP30, au Brésil, 12 pays ont signé un texte inédit contre la prolifération de fausses informations sur le climat amplifiées par les algorithmes.
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Alors que la planète suffoque, la désinformation climatique empoisonne le débat public et mine la confiance dans la science. À Belém, douze États ont décidé d’y mettre un terme. Pour la première fois dans l’histoire des conférences climatiques, une coalition mondiale s’engage à défendre la vérité comme condition de la transition écologique. Une déclaration historique à Belém
Réunis à Belém, au Brésil, les représentants de douze pays, dont l’Allemagne, le Brésil, la Canada, le Danemark, la France, ont signé, ce mercredi 13, la Déclaration sur l’intégrité de l’information en matière de changement climatique.
Un texte inédit, qui appelle à lutter contre la propagation de fausses informations et à protéger journalistes, scientifiques et chercheurs pris pour cibles en ligne.
L’initiative, portée par le gouvernement brésilien avec le soutien du département de la communication des Nations Unies et de l’UNESCO, marque une étape décisive : jamais encore la question de la vérité scientifique n’avait figuré à l’ordre du jour d’une Conférence des Parties (COP).
« Nous voulons créer une vague de vérité face au raz-de-marée de la désinformation », a déclaré João Brant, secrétaire brésilien aux politiques numériques, en annonçant la signature de la déclaration.
Une menace qui pèse sur les négociations
Pour les organisateurs, le constat est alarmant : la désinformation climatique est devenue un obstacle majeur à la coopération internationale.
« Portée par des visions obscurantistes, elle alimente l’extrémisme politique et met des vies en danger », alerte Frederico Assis, envoyé spécial de la COP30 pour l’intégrité de l’information.
Selon lui, les campagnes de manipulation en ligne risquent de déstabiliser les négociations diplomatiques, d’affaiblir la mobilisation citoyenne et de saper la confiance dans les institutions multilatérales. « Les algorithmes amplifient les récits complotistes et manipulateurs à une échelle inédite », poursuit-il. « Il est urgent de replacer la vérité au cœur du débat public. »
Comprendre la mécanique du mensonge
Pour Guilherme Canela, directeur à l’UNESCO pour l’inclusion et la transformation numériques, cette prise de conscience est tardive, mais essentielle. Il martèle que « Nous savons encore trop peu de choses sur ce qui alimente ces campagnes : qui les finance, pourquoi elles se propagent plus vite que les informations scientifiques, et comment les contrer efficacement. »
Afin d’apporter des réponses concrètes, un Fonds mondial pour l’intégrité de l’information climatique a été créé dans le cadre de l’initiative. Doté d’un financement initial d’un million de dollars, versé par le Brésil, il soutient déjà 447 projets issus d’une centaine de pays, dont près des deux tiers dans le monde en développement.
Pour M. Canela, ce fonds marque un tournant : « La désinformation est une menace transversale. La reconnaître officiellement dans une COP, c’est admettre que sans vérité, il n’y a pas d’action climatique crédible. »
Sur les réseaux, la guerre des récits
Sur le terrain numérique, la lutte est déjà engagée. Maria Clara Moraes, militante et cofondatrice de la plateforme Marias Verdes (plus de 500 000 abonnés sur TikTok), observe une désinformation « hautement organisée », souvent alimentée par des intérêts économiques puissants, notamment ceux des industries fossiles. « Les récits changent sans cesse, mais le message reste le même : semer le doute », explique-t-elle.
L’une des formes les plus pernicieuses, selon elle, consiste à diffuser l’idée qu’il est trop tard pour agir, ou que les COP sont inutiles. « Ces discours paralysent l’action. Nous devons rappeler sans relâche l’importance du multilatéralisme et des espaces de dialogue comme celui-ci. »
L’espoir d’une génération
Malgré cette bataille numérique, l’activiste brésilienne reste optimiste : « Les jeunes générations représentent une immense source d’espoir. Leur engagement, leur créativité et leur exigence de transparence sont les meilleurs remparts contre la désinformation. »
Elle plaide pour ce qu’elle appelle des « micro-révolutions” : ces gestes quotidiens, mieux consommer, mieux s’informer, mieux dialoguer, qui, multipliés, peuvent enclencher la transformation écologique à grande échelle.
Une bataille pour la vérité
En s’attaquant à la désinformation, la COP30 s’attaque à un adversaire invisible mais redoutable : le mensonge organisé. Cette nouvelle coalition veut en faire une cause mondiale, au même titre que la réduction des émissions ou la protection des forêts. Car, comme le résume un diplomate brésilien :
« Sans vérité, il n’y a pas de confiance. Et sans confiance, il n’y a pas de climat possible. »
La liste complète des 12 pays ayant signé la déclaration
La Belgique, le Brésil, le Canada, le Chili, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède et l’Uruguay.
Hamidou TRAORE
