© UNFCCC/Zô Guimarães Des participants à la Conférence des Nations Unies sur le climat appellent à un financement accru pour que les pays puissent s'adapter aux nouvelles conditions climatiques.
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
Une dernière semaine électrique : plus d’excuses, plus de délais
La COP30 a basculé lundi dans sa phase la plus cruciale. À Belém, l’ambiance est lourde, les négociations serrées, et l’urgence plus palpable que jamais. Le temps des détails techniques est révolu : les ministres doivent désormais trancher.
Simon Stiell, patron de l’ONU Climat, a ouvert la dernière semaine sans détour : « Nous n’avons pas de temps pour les retards ou les obstructions ». Un avertissement frontal alors que les décisions politiques se font attendre depuis le début du sommet.
Les délégations ont 48 heures pour clarifier leurs positions. La Présidente de l’Assemblée générale de l’ONU l’a rappelé sèchement : « Vous ne pouvez plus tergiverser. Le monde compte sur vous ».

Argent, dettes et responsabilités : la bataille frontale
Annalena Baerbock, ministre allemande des Affaires étrangères, a remis le financement climatique au centre du jeu. Pour elle, l’argent existe, mais il est piégé dans de mauvaises priorités.
Un chiffre-choc : 1 400 milliards de dollars ont été versés par les pays en développement en 2024 au service de leur dette extérieure. De quoi bouleverser la transition énergétique mondiale si ces fonds étaient réorientés vers les énergies propres et la résilience climatique.
« Les fonds doivent être débloqués, maintenant », a insisté Baerbock, dénonçant les lenteurs d’un système qui finance la dette avant la survie climatique.
Le Brésil veut faire de Belém un tournant historique
Geraldo Alckmin, vice-président brésilien, est allé au front : « Le monde doit arrêter de discuter des objectifs et commencer à les atteindre ».
Le Brésil veut une COP de rupture, pas de répétition. L’Engagement de Belém soutenu par 25 pays promet de quadrupler l’usage de carburants durables d’ici 2035. Une ambition assumée.
Alckmin pousse aussi une vision plus large : bioéconomie, décarbonation, innovation. « L’énergie propre doit rimer avec inclusion », martèle-t-il. Pendant ce temps, le président de la COP30 prévient : textes en retard, nuits blanches en vue.
Le Sommet des peuples fait trembler Belém
À l’extérieur, la rue rappelle aux gouvernements que la crise ne se négocie pas derrière des portes closes.
Le Sommet des peuples, clôturé dimanche, a réuni plus de 25 000 participants et une marche historique de 70 000 personnes, un record absolu pour une COP.
Maureen Santos, porte-voix du comité politique, résume l’esprit du moment : « Cette COP est un laboratoire de démocratie mondiale ».
Les mouvements sociaux réclament une transition juste, pas une transition de façade : emploi digne, souveraineté alimentaire, droits territoriaux. Et ils mettent en garde : les dettes climatiques s’accumulent et ce sont les peuples qui paient.
La solidarité en actes : 300 000 repas distribués
Le Sommet des peuples a aussi montré que la résistance est pratique autant que politique.
Le Mouvement des travailleurs sans toit (MTST) a mis en place une « cuisine solidaire » hors normes : 21 marmites géantes, un repas toutes les 26 secondes, 300 000 plats distribués gratuitement. Tous confectionnés avec des produits amazoniens jambu, açaï, pirarucu.
« Pour beaucoup, c’était plus qu’un repas : c’était un signe d’espoir », raconte Rudi Rafael, coordonnateur.
Un rappel puissant : la justice climatique parle autant de dignité que de CO₂.
Belém, l’heure du verdict
Entre nuits de négociations, pressions populaires et alertes scientifiques, la COP30 joue ses dernières cartes.
La question n’est plus de savoir ce qu’il faut faire. Tout le monde le sait.
La question est simple : les dirigeants auront-ils le courage politique de le faire, ici, maintenant ?
Hamidou TRAORE
