UNEP/Veejay Villafranca Selon une pratique vieille de 3 000 ans, de nombreuses petites mines ajoutent du mercure aux minerais d'or pour créer un amalgame, qui est ensuite chauffé pour évaporer le mercure, ne laissant que l'or.
Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
À Genève, 153 pays ont adopté 22 nouvelles mesures pour réduire l’usage du mercure, un métal toxique responsable de graves atteintes à la santé et à l’environnement. Huit ans après l’entrée en vigueur de la Convention de Minamata, la communauté internationale cherche à accélérer la fin d’un poison qui continue de contaminer la planète.
Un poison global aux effets irréversibles
Métal liquide fascinant par sa brillance et sa densité, le mercure s’est imposé pendant des siècles dans l’industrie, la médecine et l’artisanat. Pourtant, ses propriétés toxiques en font l’un des polluants les plus dangereux de notre époque. En s’accumulant dans les organismes vivants, il provoque des lésions irréversibles au cerveau, aux reins et au système nerveux. Les enfants et les femmes enceintes en sont les premières victimes.
Le mercure se diffuse à travers les activités humaines : combustion du charbon, production de chlore, fabrication de produits chimiques, et surtout extraction artisanale de l’or. Une fois libéré, il s’évapore, voyage sur de longues distances et se dépose dans les eaux et les sols. Transformé en méthylmercure, il contamine les poissons et les crustacés, puis les populations qui en consomment. Tremblements, paralysie, troubles sensoriels, déficiences mentales : les symptômes sont graves, parfois mortels.
L’héritage tragique de Minamata
L’histoire du mercure porte le nom d’une tragédie : Minamata, une ville japonaise où, dans les années 1950, les habitants furent victimes d’un empoisonnement massif. Pendant plus de trente ans, une usine chimique y déversa ses déchets contaminés dans la baie, provoquant la contamination de la faune marine et, par ricochet, des habitants. Des centaines de morts, des enfants handicapés à vie : ce drame a marqué à jamais la conscience écologique mondiale.
C’est pour éviter que ce scénario ne se reproduise que la Convention de Minamata sur le mercure a été adoptée en 2013, sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Entré en vigueur en 2017, le traité vise à encadrer l’extraction, le commerce et l’usage du mercure à l’échelle mondiale.

À Genève, vingt-deux nouvelles décisions
Douze ans après la signature de la convention, les États parties se sont retrouvés à Genève pour dresser un bilan et renforcer leurs engagements. « Les discussions ont été productives, inclusives et tournées vers l’avenir », a déclaré Monika Stankiewicz, secrétaire exécutive de la Convention.
Parmi les avancées majeures : l’élimination progressive des amalgames dentaires contenant du mercure d’ici 2034. Longtemps considérés comme inoffensifs, ces alliages métalliques utilisés pour obturer les caries constituent une source non négligeable de pollution. Les États souhaitent désormais promouvoir des matériaux alternatifs plus sûrs.
Autre décision importante : le renforcement des règles encadrant l’extraction artisanale de l’or, première source mondiale d’émissions de mercure. Les nouvelles dispositions ont été négociées en concertation avec les communautés autochtones et locales, particulièrement exposées à cette pollution.
Mme Stankiewicz a également appelé les pays à interdire les cosmétiques contenant du mercure, notamment certaines crèmes éclaircissantes encore vendues sur les marchés d’Asie et d’Afrique.
Des défis persistants
Malgré ces progrès, la mise en œuvre de la Convention reste inégale. Dans de nombreux pays du Sud, l’extraction aurifère artisanale demeure une activité informelle, échappant à toute réglementation. Selon le PNUE, plus de 10 millions de personnes seraient exposées quotidiennement au mercure dans ce secteur.
Pour y remédier, l’agence onusienne soutient le développement de technologies de substitution, comme l’usage du cyanure pour lier les métaux, une méthode jugée moins dangereuse que l’évaporation du mercure, ainsi que des programmes de sensibilisation auprès des communautés minières.
Un commerce illégal difficile à enrayer
Malgré les interdictions, le trafic clandestin de mercure prospère encore, notamment en Afrique de l’Ouest et en Amérique latine. Pour lutter contre ces circuits parallèles, le PNUE collabore avec l’Organisation mondiale des douanes, Interpol et plusieurs agences internationales. Objectif : identifier les routes du commerce illégal et bloquer les flux avant qu’ils n’alimentent les activités minières non réglementées.
La coopération, clé du succès
Pour Monika Stankiewicz, la réussite de la Convention dépendra d’un engagement politique fort et d’un soutien financier accru. Les pays en développement ont besoin d’assistance technique pour contrôler leurs émissions et mettre en place des solutions de remplacement.
« Le mercure est un polluant mondial : aucun pays ne peut l’affronter seul », a rappelé la responsable. D’où la nécessité d’une coopération internationale renforcée et d’une vigilance constante.
Un combat de longue haleine
Huit ans après son entrée en vigueur, la Convention de Minamata a permis des avancées réelles : la réduction du commerce international du mercure, l’interdiction de nombreux produits et une sensibilisation croissante du public. Mais le poison, lui, reste présent. Persistant, le mercure continue de circuler dans l’air, l’eau et les organismes vivants pendant des décennies.
À Genève, les États ont réaffirmé leur volonté d’en finir avec cet héritage toxique du passé. Le succès de cette lutte reposera désormais sur la capacité du monde à traduire les engagements en actes, avant que le mercure ne continue, silencieusement, à empoisonner la Terre.
Hamidou TRAORE
