Par Hamidou TRAORE, tr.hamidou@gmail.com
La liberté d’expression dans le monde est en chute libre. Selon un nouveau rapport de l’UNESCO, jamais le droit d’informer et d’être informé n’avait autant reculé depuis plus de treize ans. En cause : la montée de l’autocensure, la multiplication des attaques contre les journalistes et un climat de plus en plus hostile, aussi bien sur le terrain que dans l’espace numérique.
Le rapport Tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias 2022-2025 révèle une baisse globale de 10 % de la liberté d’expression depuis 2012, un niveau alarmant, inédit depuis des décennies. Dans le même temps, l’autocensure des journalistes a explosé, enregistrant une hausse de 63 %, soit environ 5 % par an.
« La liberté d’expression et d’information n’est pas une option : c’est la condition même d’une paix durable », alerte Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO. Face à ce déclin historique, l’Organisation appelle à une mobilisation mondiale pour défendre le droit fondamental de penser, d’écrire et d’informer.
Journalistes ciblés, violence en hausse
Les chiffres sont implacables. Entre 2022 et 2025, 186 journalistes ont été tués alors qu’ils couvraient des conflits armés, une hausse de 67 % par rapport à la période précédente. La seule année 2025 concentre 93 décès, dont 60 dans des zones de guerre.
Malgré les engagements internationaux, l’impunité demeure la norme. Si le taux d’impunité est passé de 95 % en 2012 à 85 % en 2024, la majorité des crimes contre les journalistes restent sans suite judiciaire.
À ces violences physiques s’ajoutent des pressions numériques et juridiques croissantes. Depuis 2018, plus de 900 journalistes notamment d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes ont été contraints à l’exil. Les journalistes environnementaux sont particulièrement visés : 749 attaques ont été recensées entre 2009 et 2023, avec une nette accélération ces dernières années.
Femmes journalistes : cibles privilégiées en ligne
Le harcèlement numérique atteint des niveaux critiques, notamment à l’encontre des femmes. Une étude menée par l’ICFJ pour ONU Femmes, en partenariat avec l’UNESCO, révèle que 75 % des femmes journalistes ont subi des violences en ligne en 2025, contre 73 % en 2020.
Des signaux encourageants malgré tout
Le tableau reste sombre, mais quelques avancées émergent. Entre 2020 et 2025, 1,5 milliard de personnes supplémentaires ont accédé aux réseaux sociaux et aux plateformes de messagerie, élargissant la participation civique à l’échelle mondiale.
Le journalisme d’investigation collaboratif s’est renforcé, donnant lieu à davantage d’enquêtes transfrontalières. Les cellules de fact-checking se multiplient dans les rédactions, tandis que les lois reconnaissant les médias communautaires progressent, consolidant l’accès à une information locale fiable.
Des pistes pour inverser la tendance
L’UNESCO propose plusieurs leviers d’action concrets :
- Protéger et investir dans le journalisme, pilier essentiel de sociétés pacifiques et démocratiques.
- Renforcer la transparence numérique, en mettant en œuvre les Principes pour la gouvernance des plateformes numériques publiés en 2023, avec l’appui d’organismes de régulation indépendants.
- Développer l’éducation aux médias et à l’information, afin de permettre aux citoyens de décrypter l’information et de naviguer de manière critique et sécurisée en ligne. À ce jour, plus de 10 500 créateurs de contenu issus de 150 pays ont déjà été formés par l’UNESCO.
Un rapport de référence
Publié tous les quatre ans, le rapport mondial de l’UNESCO sur la liberté d’expression et les médias fait autorité. L’édition 2022-2025, intitulée « Journalisme : façonner un monde en paix », s’appuie sur les contributions de plus de 100 experts et des centaines de sources académiques et institutionnelles, avec des données recueillies entre janvier 2022 et décembre 2025.
Un constat sans appel : informer est devenu plus dangereux que jamais. Et défendre la liberté d’expression, plus urgent que jamais. Et le message clair qui s’impose est que sans une protection accrue de ceux qui informent, c’est le socle même de la démocratie et de la paix mondiale qui menace de s’effondrer.
Hamid
