Des millions de Somaliens sont menacés par la famine et le déplacement après quatre saisons des pluies consécutives sans succès, selon les Nations Unies. Les autorités du Puntland estiment qu’un million de personnes ont besoin d’aide d’urgence, mais le financement humanitaire est cruellement insuffisant.

La Somalie fait face à une crise humanitaire qui s’aggrave à une vitesse vertigineuse. Le pays est désormais confronté à une sécheresse historique, qualifiée de « pire depuis des années » par les communautés locales, mettant des millions de vies en péril.
Le 10 novembre, le gouvernement fédéral de Somalie a officiellement déclaré l’état d’urgence et a lancé un appel urgent à l’aide internationale, a confirmé mercredi le Bureau de la coordination de l’aide humanitaire des Nations Unies (OCHA). Cette décision intervient alors que de vastes régions, du nord, du centre et du sud, sont complètement asséchées, exposant des millions de personnes à la faim et au déplacement.
Villages fantômes et pénuries catastrophiques
La situation est particulièrement critique dans des régions comme le Puntland, où les autorités estiment que près d’un million de personnes nécessitent une assistance, dont 130 000 se trouvent dans un état de détresse absolue.
Une mission d’évaluation de l’ONU, menée au début du mois dans les régions de Bari et de Nugaal, a dressé un tableau alarmant : pénuries extrêmes d’eau et de nourriture. Les habitants craignent une catastrophe imminente dans les mois à venir.
« Il n’a pas plu depuis l’année dernière ; c’est la pire sécheresse depuis des années », a témoigné Abdiqani Osman Omar, maire du village de Shaxda, dans la région de Bari. « Des centaines de familles déplacées sont arrivées ici il y a trois mois, et d’autres continuent d’affluer. Ce sont principalement des femmes et des enfants, car les hommes sont partis vers l’Éthiopie voisine à la recherche de pâturages et d’eau. »
Partout au Puntland, le paysage est désolant : les points d’eau sont à sec, la végétation a dépéri, et d’anciens villages pastoraux sont désormais désertés, transformés en villages fantômes.
À Dhaxan, même le mince espoir suscité par les brèves averses de la saison Gu (avril-juin) s’est évanoui. Après la contamination du forage local, les résidents dépendent désormais d’une eau coûteuse acheminée par camion. Pire, selon le chef communautaire Jama Abshir Hersi, l’aide alimentaire, nutritionnelle et médicale a complètement cessé dans leur secteur.
Un financement au point mort, l’aide divisée par trois
L’un des facteurs aggravants majeurs de la crise est l’insuffisance de financement.
Au 23 novembre, le Plan de réponse humanitaire 2025 de la Somalie n’était financé qu’à hauteur de 23,7 %. Ce déficit dramatique a eu des conséquences directes sur le terrain : le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire d’urgence a chuté drastiquement, passant de 1,1 million en août à seulement 350 000 ce mois-ci, une réduction de près des deux tiers.
Rien qu’au Puntland, ce sont 89 sites de distribution alimentaire et 198 centres de santé qui sont confrontés à de graves ruptures d’approvisionnement.
Cette sécheresse s’abat sur un contexte humanitaire déjà fragile. On estime que 4,4 millions de personnes feront face à une insécurité alimentaire aiguë jusqu’en décembre, et 1,85 million d’enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë jusqu’à la mi-2026.
Les perspectives météorologiques restent sombres. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avertit que des conditions sèches et chaudes devraient persister, notamment dans les régions du centre et du nord, accentuant la pression sur les ressources et limitant toute chance de régénération des pâturages.
Hamidou TRAORE
