Unsplash/Jason Leung Adoptée en 2003 et entrée en vigueur en décembre 2005, la Convention des Nations Unies contre la corruption demeure le seul instrument juridiquement contraignant à portée universelle dans ce domaine.
Par Hamidou TRAORE
À Doha, la plus grande conférence mondiale consacrée à la lutte contre la corruption s’est ouverte lundi sur un constat partagé : l’essor fulgurant des technologies émergentes, et en particulier de l’intelligence artificielle (IA), redéfinit les règles du jeu. Réunis dans la capitale qatarie, les représentants de plus de 170 pays signataires de la Convention des Nations Unies contre la corruption cherchent à transformer l’IA en un outil de prévention efficace, sans en subir les dérives.
« Prévenir et, à terme, éradiquer la corruption est un devoir que nous partageons », a déclaré la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, Annalena Baerbock, dans un message vidéo diffusé à l’ouverture de la onzième Conférence des États parties. « Nous le devons aux populations que nous servons. »
Même tonalité du côté du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui a rappelé l’impact concret et dévastateur de la corruption sur les sociétés. « Elle alimente les conflits, creuse les inégalités et détourne des ressources vitales pour la protection des populations et de la planète », a-t-il souligné. « Chaque dollar perdu à cause de la criminalité économique est un dollar volé à celles et ceux qui aspirent à un avenir meilleur. »
L’IA, promesse et menace
Si l’intelligence artificielle peut faciliter certaines pratiques frauduleuses, elle offre aussi de nouvelles capacités pour les détecter et les prévenir. Un potentiel qui, selon António Guterres, ne pourra être exploité qu’à une condition : « l’adoption de règles claires et de mécanismes solides de responsabilité ».
Un avertissement relayé par John Brandolino, directeur exécutif par intérim de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), organisateur de l’événement. « La corruption constitue l’infrastructure illicite qui permet aux groupes criminels d’opérer et de prospérer en toute impunité à l’échelle mondiale », a-t-il affirmé, appelant à une réponse « intégrée et coordonnée », au-delà des frontières et des cloisonnements institutionnels. Il a exhorté les États à renforcer leur coopération et à s’appuyer davantage sur les outils de l’ONUDC afin de « réaffirmer la vision universelle de la Convention pour une nouvelle ère ».
Un cadre juridique unique au monde
Placée sous le thème Shaping Tomorrow’s Integrity (« Façonner l’intégrité de demain »), la conférence doit rassembler plus de 2 500 participants tout au long de la semaine. La séance d’ouverture s’est tenue en présence du Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, de la présidente sortante de la conférence, l’Américaine Christine Cline, et de son successeur, le Qatari Hamad ben Nasser Al-Misnad.
Les travaux portent notamment sur plusieurs projets de résolution clés : l’utilisation de l’IA dans la prévention et la répression de la corruption, la transparence du financement des partis politiques et des campagnes électorales, le rôle de la jeunesse dans la promotion de l’intégrité, ainsi que les liens entre corruption et autres formes de criminalité, comme le trafic de migrants ou les atteintes à l’environnement.
Adoptée en 2003 et entrée en vigueur en 2005, la Convention des Nations Unies contre la corruption reste à ce jour le seul instrument juridiquement contraignant de portée universelle dans ce domaine. Ratifiée par 192 États, elle impose des obligations en matière de prévention, de poursuites, de coopération internationale et de restitution des avoirs détournés. Depuis 2010, son mécanisme d’examen a déjà contribué à l’adoption ou à la réforme de législations anticorruption dans 146 pays.
Hamidou TRAORE
