La deuxième édition du Sommet africain sur le climat (ACS2) se tiendra du 8 au 10 septembre 2025 à Addis-Abeba (Ethiopie). Le thème qui balisera les réflexions est : « Accélérer les solutions climatiques mondiales : Financement pour le développement résilient et vert de l’Afrique ». Cette messe climatique africaine qui attend plus de 45 chefs d’État vise à mobiliser des financements estimés à 250 milliards de dollars US par an pour combler le déficit aux fins d’une adaptation et une atténuation adéquate. Il s’agira également de promouvoir des solutions efficientes fondées sur la nature et de positionner l’Afrique comme acteur clé des négociations climatiques internationales, notamment en préparation de la COP30 à Belém (Brésil).
Par Hamidou TRAORE (tr.hamidou@gmail.com)
L’Afrique est responsable de seulement 4% d’émission globale de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique global. Cependant, le continent subit les pires impacts climatiques traduit par des phénomènes météorologiques extrêmes : inondations, vagues de chaleur intense, sécheresse, etc. Ainsi, face à l’escalade des chocs climatiques, l’ACS2 exigera un ordre financier qui reconnaisse les injustices historiques, reconnaisse la dette climatique et défende l’équité et la justice climatique. En matière de financement, l’Afrique fait face à un déficit estimé à 250 milliards USD par an alors qu’elle ne reçoit que 30 milliards USD. Un rapport du Climate Policy Initiative (CPI), commandité par FSD Africa, la Children’s Investment Fund Foundation et UK Aid, estime que l’Afrique a besoin d’environ 277 milliards USD par an pour mettre en œuvre ses contributions nationales déterminées (NDCs) et atteindre ses objectifs climatiques d’ici 2030. Le rapport précise que le financement de l’action climatique en Afrique doit être multiplié par 9, passant de 30 milliards de dollars à 277 milliards de dollars, pour atteindre l’objectif climatique de 2030. Cependant, la finance climatique annuelle en Afrique n’était que d’environ 30 milliards USD, soit à peine 11 % des besoins. Ce déficit obstrue lourdement la capacité de l’Afrique à s’adapter aux changements climatiques, à atténuer ses effets et à réaliser ses ambitions de développement durable. Ce déficit devrait être souligné dans la Déclaration d’Addis-Abeba, qui devrait être prononcée le dernier jour du sommet, le 10 septembre 2025. L’Afrique compte désormais faire bloc pour faire entende un message unifié : Nous sommes des partenaires qui façonnons l’avenir de la planète. L’ACS2 est une aubaine pour l’Afrique de passer des déclarations à l’action, en faisant pression pour un ordre financier qui reconnaisse la dette climatique, réforme le système mondial et garantisse une croissance verte, juste et centrée sur les populations en Afrique. Le continent souhaite un financement équitable, des règles équitables et une chance équitable pour construire un avenir résilient et prospère.

Adaptation : le prix de la survie, la voie vers la prospérité
L’Afrique perd actuellement 5 % de son PIB en mesures d’adaptation à la crise climatique, détournant ainsi ses maigres ressources de la santé, de l’éducation et d’autres priorités de développement. Dans le même temps, les économies africaines sont confrontées à un endettement insoutenable, alimenté par des coûts d’investissement élevés, la hausse des taux d’intérêt, l’inflation et les chocs géopolitiques. Ce surendettement limite considérablement la capacité des pays du continent à atteindre leurs objectifs en matière de climat et de développement.
Le financement de l’adaptation est censé combler ce fossé, mais les flux restent largement insuffisants : imprévisibles, difficiles d’accès et dominés par les prêts plutôt que par les subventions, ils ne font qu’aggraver les problèmes d’endettement de l’Afrique. Les flux actuels destinés à l’adaptation sont à une dizaine fois inférieurs aux besoins de l’Afrique. Pour être à la hauteur de l’ampleur de la crise, le financement de l’adaptation doit se transformer. Les experts ont souligné qu’il ne peut rester axé sur des projets, réactif ou centré uniquement sur des « gains faciles ». Au contraire, il doit soutenir une adaptation anticipée, stratégique et transformationnelle, y compris dans les domaines difficiles à financer qui réduisent véritablement la vulnérabilité. Et surtout, les modèles de financement doivent respecter les principes d’équité et de justice : l’adaptation ne peut être financée principalement par ceux qui sont les moins responsables de la crise.
Une étude basée sur les Contributions déterminées au niveau national (CDN or NDC) de 51 pays africains estime les besoins en adaptation à 579,2 milliards USD pour la période 2020–2030, soit environ 58 milliards USD par an. Une autre analyse de l’initiative Knowledge for Policy confirme ce chiffre : les besoins en adaptation s’élèvent bien à 579 milliards USD sur la même décennie. L’Afrique a donc besoin d’environ 579 milliards de dollars pour financer l’adaptation entre 2020 et 2030, mais les flux actuels sont loin d’être suffisants. Investir aujourd’hui dans l’adaptation réduit les risques, renforce la résilience et met les pays sur la voie d’une plus grande indépendance économique. Un rapport publié en 2025 par le World Resources Institute (WRI) indique que chaque dollar investi dans l’adaptation peut rapporter plus de 10 dollars en bénéfices, sous forme de vies et d’infrastructures protégées, d’une productivité et de rendements agricoles plus élevés, et d’écosystèmes préservés.
L’ACS2, à travers la Déclaration d’Addis-Abeba, devrait envoyer un signal clair : la résilience n’est pas seulement une protection contre les pertes, c’est un investissement économique intelligent qui améliore les conditions de vie et favorise la croissance à long terme ; le financement de l’adaptation n’est pas facultatif. C’est la condition sine qua non pour gérer les risques climatiques, préserver la sécurité alimentaire mondiale, créer des emplois et construire un monde plus égalitaire et plus durable. Au fil du temps, les experts climatiques ont continué à souligner que les pays riches doivent enfin respecter leurs engagements, notamment la promesse faite lors de la COP 26 de doubler le financement de l’adaptation d’ici 2025.
Une architecture financière plus équitable
Lors d’une conférence de presse organisée le 31 juillet 2025 par le secrétariat de l’ACS2, il a été promis que le sommet donnerait le ton à un programme financier mondial axé sur la justice. On s’attend donc à ce que l’ACS2 lance un appel audacieux et unifié en faveur d’un financement prévisible, équitable et transformateur, une demande qui devrait se poursuivre dans la feuille de route de Bakou à Belém et façonner la prochaine phase des négociations. La réforme de l’architecture financière internationale sera au cœur de cette vision. Dans l’ensemble des rapports, des analyses d’experts et des déclarations des dirigeants climatiques, un message est constant : le financement climatique doit donner la priorité aux subventions et aux instruments concessionnels qui ne créent pas de dette et qui répondent aux besoins des pays sans aggraver leur endettement. Les pays développés doivent accepter leur responsabilité de montrer la voie en matière de financement et d’augmentation des fonds, tout en répondant aux priorités de longue date de l’Afrique : une définition claire du financement climatique, un objectif quantifié pour l’adaptation, une provision adéquate pour les pertes et dommages, et l’assurance que le financement est une condition préalable à la mobilisation.
À Bakou, les pays développés ont convenu de montrer leur leadership sur le nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) convenu lors de la COP29, en s’engageant à fournir des moyens financiers et à mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an. Mais les experts et les militants pour le climat du Sud ont considéré cet engagement comme faible par rapport aux 1 300 milliards proposés. Dans un communiqué de presse publié par le secrétariat de l’ACS2, l’Afrique a besoin de 3 000 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs climatiques, affirmant que l’ACS2 est l’occasion de montrer la voie, d’innover et de garantir la réalisation des ambitions fixées dans la déclaration d’Addis-Abeba.
300 GW d’énergie propre pour le contient d’ici 2030
En plus de la problématique du financement, la question de l’énergie sera au centre de l’ACS2. L’Afrique nourrit l’ambition de passer la capacité d’énergie renouvelable de 56 GW en 2022 à au moins 300 GW d’ici 2030. Mais, à plus long terme, d’ici 2050, l’ambition est de couvrir l’entièreté du continent d’un système d’énergie entièrement renouvelable considéré moins coûteux que la voie des combustibles fossiles. Ce qui pourrait permettre à l’Afrique d’économiser environ 150 milliards de dollars américains par an. Les atouts sont là. L’Afrique détient 60 % du potentiel solaire mondial, de vastes réserves de minéraux essentiels et 39 % du potentiel mondial total en énergies renouvelables. Pourtant, elle ne reçoit toujours que 2 % des investissements mondiaux et reste chroniquement sous-alimentée en énergie. Quel paradoxe ! Les énergies propres pourraient changer la donne : elles permettraient de répondre à la demande énergétique croissante, de réduire les émissions et, dans le même temps, de créer des millions d’emplois. Le passage à 100 % d’énergies renouvelables pourrait créer 2,2 millions d’emplois supplémentaires dans le secteur de l’énergie, tout en donnant au continent un rôle décisif dans l’avenir énergétique mondial. Les chiffres soulignent à la fois l’urgence et l’opportunité. Selon l’AIE, l’Afrique a le potentiel de quadrupler la taille de son économie d’ici 2040 tout en n’utilisant que 50 % d’énergie en plus, si elle exploite ses vastes ressources en énergie propre. Les combustibles fossiles ne sont pas une fatalité pour l’Afrique ; les énergies renouvelables représentent une opportunité évidente. Avec des infrastructures de combustibles fossiles relativement limitées à démanteler, le continent dispose d’un avantage certain pour tracer la voie d’une transition énergétique juste, à condition que les politiques et les investissements appropriés soient mis en place. Pour ce faire, le financement sera essentiel. Les observateurs de l’ACS2 examineront si les financements concessionnels, les instruments de réduction des risques, les réformes au sein des banques multilatérales et les efforts visant à réduire le coût élevé du capital peuvent contribuer à attirer des capitaux privés à grande échelle. Sans ces mesures, l’objectif de 300 GW pourrait rester plus une aspiration qu’une réalité. Pourtant, avec des structures et des instruments financiers équitables, le continent pourrait accélérer une transition qui profiterait à la fois à l’Afrique et au monde entier. Il existe déjà des exemples. Le leadership géothermique du Kenya offre un exemple éloquent de ce qui est possible. Avec un financement et une reproduction adéquats, des modèles similaires pourraient être déployés à l’échelle du continent. La Déclaration de Nairobi a saisi ce potentiel, appelant à l’expansion des énergies renouvelables pour relever les défis d’accès, stimuler l’industrialisation et ancrer le programme de développement de l’Afrique. L’ACS2 sonne donc comme un moment de bilan et d’accélération, une occasion de montrer si le monde est prêt à répondre à l’ambition de l’Afrique avec les partenariats et les ressources nécessaires pour assurer un avenir entièrement renouvelable.
Deux ans après le premier tenu à Nairobi (Kenya), Ce second Sommet se veut celui de la détermination, et non de la rhétorique. Cet événement est organisé conjointement par le gouvernement éthiopien et la Commission de l’Union africaine, à la suite d’une décision prise lors du Sommet de l’Union africaine en juin 2025. Environ 25 000 participants, incluant chefs d’État, experts, responsables de la société civile, acteurs privés sont attendus.
Hamidou TRAORE (r.hamidou@gmail.com)

